Il y a d’un côté ceux, comme le patron de la chaîne d’hôtels Marriott ou du fabricant automobile Chrysler, dont les entreprises tournent au ralenti, qui ont renoncé à leur salaire pour le restant de l’année. Il y a, de l’autre, ceux qui ne toucheront pas à leur rémunération fixe. Et, entre deux, de plus en plus de dirigeants qui décident de réduire leur salaire pour quelques mois ou de faire don d’une partie, alors que leur entreprise traverse de grandes difficultés face à la pandémie.

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C’est souvent le cas dans les pays anglo-saxons et dans les secteurs les plus touchés par la crise. Il est le fruit d’un geste spontané d’un patron obligé de couper dans les effectifs, de mettre des divisions au chômage partiel ou de la pression externe. Notamment des actionnaires, qui se voient de plus en plus privés de dividendes, ou qui s’inquiètent de la pérennité des entreprises. La société d’investissement Schroders, par exemple, a prévenu les entreprises britanniques: «Lorsque les sociétés cherchent du capital, nous attendons de leur conseil d’administration de suspendre les dividendes et de reconsidérer les rémunérations du management.»

En Suisse aussi

En Suisse, un certain nombre de dirigeants ont aussi annoncé s’octroyer une paye plus faible. Swissport, par exemple, verra son responsable recevoir la moitié de son salaire fixe. ABB, Georg Fischer, Ems-Chemie, Meyer Burger, Zehnder, entre autres, ont procédé à des coupes de 10 à 20% dans la rémunération de base. Sergio Ermotti, patron d’UBS, verra son salaire coupé en deux pour les six prochains mois et a décidé de faire don de 1 million de francs pour la lutte contre la propagation de la maladie.

Les dirigeants de la société financière Partners Group ont également renoncé à leur paiement fixe pour six mois. Certaines de ces entreprises ont mis leurs employés au chômage partiel ou réduit leur dividende. L’éditeur TX Group, par exemple, qui a recouru au chômage partiel, a, sous la pression, réduit le dividende et annoncé ne pas s’octroyer de bonus cette année. A l’inverse, celles qui ont pris l’une de ces deux décisions (ou les deux) n’ont pas forcément non plus touché aux rémunérations des dirigeants. 

«Beaucoup d’entreprises discutent de ce sujet mais n’ont pas encore pris leur décision, étant donné qu’il est difficile de prévoir l’impact de la pandémie à moyen et long terme et d’identifier les solutions les plus appropriées», confirme Agnès Hoevenaars, dont la société, Agnès Blust Consulting, tient une liste des entreprises ayant réduit les dividendes ou les rémunérations. Pour la responsable, qui conseille les entreprises de la bourse suisse sur leurs rémunérations, «il est important qu’il y ait une certaine justice entre les actionnaires, les employés et les dirigeants».

Geste symbolique, plus que financier

C’est donc le symbole qui compte, avant tout. «De la part d’une direction générale, renoncer volontairement à une partie du salaire fixe dans la situation actuelle est un geste de solidarité positif. Mais l’impact financier d’une telle mesure n’est pas énorme, à l’échelle d’une grande entreprise», poursuit Agnès Hoevenaars.

Symbolique, d’autant que toucher à une rémunération fixe ne dit pas grand-chose du paquet que peut empocher un dirigeant pour une année, tant les bonus ont pris de l’importance, surtout dans les très grandes multinationales. Selon une étude publiée cette semaine par HCM, un cabinet de consultants, basé à Zurich, la rémunération que reçoit le directeur général d’une entreprise suisse faisant partie de l’indice vedette du SMI est constituée à 28%, en moyenne, de son salaire fixe. Le bonus «immédiat» représente 24% du total, complété par un bonus à «long terme», qui constitue 47% du total. En moyenne, ces patrons ont touché un petit peu moins de 10 millions pour l’année 2019. Plus la taille de l’entreprise diminue, plus le salaire de base est important. Dans l’indice élargi SMIM, par exemple, il compte pour 39% du total.

Mais, comme le précise encore Agnès Hoevenaars, «la rémunération des dirigeants exécutifs sera automatiquement touchée par le fait que les objectifs financiers déterminés pour 2020 seront très difficiles (si pas impossibles) à atteindre et donc la rémunération variable devrait diminuer par rapport aux années précédentes». L’experte propose une solution à mi-chemin, qui préserve la liquidité: différer une partie du salaire fixe dans le futur. «Il serait possible de convertir une partie du salaire fixe en droits sur actions, qui seront exercés automatiquement à une date future prédéterminée.»