Qui l'eût cru? Les stratèges de Pictet & Cie ne sont plus «long only». Lors d'une récente présentation aux investisseurs de la stratégie pour 2001, Yves Bonzon, senior vice-president du banquier privé dont il est membre du comité d'investissement, et Mirko Sangiorgio, responsable de sa recherche suisse, ont plaidé pour «que les hedge funds fassent partie de l'allocation stratégique de tout portefeuille». Pictet & Cie en particulier, les banquiers privés genevois en général, n'ont jamais été allergiques à la performance absolue de ces outils. Discrètement, ils ont beaucoup contribué à alimenter de nombreux fonds alternatifs. Mais un tel plaidoyer, public et venant du plus important d'entre eux, a valeur de symbole. D'autant que le banquier privé estime que les hedge funds devraient représenter 10% des actifs d'un portefeuille.

Un récent séminaire à Londres organisé par Global Fund Analysis (voir nos éditions du 26 janvier), l'a montré: les résultats souvent «décoiffants» des hedge funds les rendent attractifs pour les investisseurs institutionnels inquiets de l'aplatissement des rendements boursiers. En juillet 2000, Pictet & Cie a donc ajouté à sa gamme un nouveau fonds de fonds. Ce produit multi-manager, déjà riche de 200 millions d'euros, investit dans une dizaine de hedge funds spécialisés sur les marchés européens. Dans le portefeuille de la gérante Elisabeth Brugger, on retrouve notamment une pondération de 14% dans un outil alternatif de Lazard dont la performance nette l'an passé a dépassé 116%. A ce tarif, rajouter dans le moteur de la grille classique de placement de Pictet & Cie un tigre de la gestion alternative à hauteur de 10% peut être un bon moyen d'en doper la performance.

Ce produit n'est pas le seul dans la panoplie du banquier privé. Deux autres fonds proposent une mosaïque de hedge funds à ses clients et un troisième outil se consacre aux hedge funds spécialisés sur le marché américain. Au total, pour ne parler que de lui, le banquier privé disposerait déjà de 4 à 5 milliards de francs en gestion alternative. Au regard de ses actifs sous gestion, c'est loin de la proportion de 10% qu'Yves Bonzon indique. Mais, jusqu'ici, ce style d'investissements était plutôt réclamé par les plus sophistiqués de ses clients. Pourtant, si le banquier privé dispose d'un outil «long-short» sur le marché européen, rien n'existe encore pour le marché suisse. Or, les conclusions d'investissement d'Yves Bonzon et de Mirko Sangiorgio plaident pour une stratégie plus active sur ce marché. Une stratégie qui ne soit plus banalement «long only» ou «buy and hold» mais dans laquelle l'emploi des hedge funds, par le biais de fonds de fonds, ait désormais une place de choix.

Car Pictet & Cie note que les investisseurs n'aiment pas les douches froides. «Sur le marché suisse, beaucoup d'entre eux se demandent si les actions sont encore des actifs qui méritent d'être joués», remarque Mirko Sangiorgio en évoquant les mouvements «brefs et violents» des marchés action l'an passé qui en ont effrayé plus d'un. En ce début d'année, les volumes sont en chute de 25% à 30% sur le marché suisse. Ceci inquiète les banques, car cela peut induire une baisse des revenus en commissions et en courtages et, donc, faire du charivari dans la composition de leur cash-flow. Coincés entre des charges salariales et technologiques en hausse, la montée en puissance de la concurrence des courtiers électroniques qui pèse sur les marges, et la chute des volumes, les banques et banquiers privés doivent donc anticiper un exercice 2001 tourmenté.

Rien d'étonnant alors à ce que Mirko Sangiorgio suggère que «les investiseurs devraient savoir confier leurs ordres à ceux qui peuvent suivre des marchés qui swinguent». Le message est clair: qui veut gagner sur des marchés boursiers qui s'annoncent difficiles et très volatils devra faire confiance à l'expertise qui est dans la capacité d'analyse, de gestion et de service que des banques comme Pictet & Cie symbolisent. Une capacité qu'elles mettent en avant, y compris en officialisant leur savoir dans la gestion alternative. Car, comme le notent Yves Bonzon et Mirko Sangiorgio, dans un tel climat boursier «il faut savoir choisir les actifs au bon moment».