Enlèvements, extorsions de fonds, contaminations de produits - accidentelles ou intentionnelles –, virus informatiques, ce sont des crimes contre lesquels les multinationales, les entreprises mais aussi les particuliers peuvent s'assurer. AIG Europe (Suisse), qui fait partie du grand groupe d'assurances américain du même nom, en a fait une de ses spécialités. De manière générale, l'assurance risque est un marché en pleine croissance. Les récentes affaires comme celles des rillettes contaminées par la listériose en France ou encore l'intoxication causée par les canettes de Coca-Cola en Belgique en sont des exemples concrets parmi d'autres. Avec la naissance de nouvelles technologies, comme Internet, la branche a aussi un bel avenir devant elle dans ce secteur.

Depuis le mois d'octobre de l'an dernier, Nicolas Gross, fondé de pouvoir chez AIG Europe (Suisse), s'occupe de gérer les crises que peuvent rencontrer les grandes sociétés suisses ou les particuliers fortunés. «Il existe un potentiel de clientèle helvétique, assure Nicolas Gross. Jusqu'à maintenant, nous gérions les dossiers suisses depuis Paris.» La société AIG Europe (Suisse), basée à Zurich depuis près de quarante ans, vient en plus de conclure un partenariat avec le cabinet de conseil en stratégie d'entreprise Michael Foley Associates (MFA) à Genève. «C'est une bonne combinaison de nos compétences mutuelles en matière de gestion de crise, assure Michael Foley, président de MFA. Nous allons aussi essayer de développer l'aspect préventif.» Le groupe d'assurances ouvrira également sa propre antenne à la rue du Rhône dès le mois de février pour s'attaquer au marché de Suisse romande et notamment aux banques de la place financière genevoise.

«Quand une crise survient, l'entreprise doit non seulement régler les problèmes pratiques, mais aussi les conséquences sur son image de marque, explique Nicolas Gross. Nous essayons autant que possible d'agir en amont, car la réhabilitation d'une entreprise peut coûter très cher.» Dans la crise qu'a vécue par exemple Coca-Cola, le titre de la multinationale d'Atlanta a perdu près de 28% en quatre mois. Elle a dû aussi engager d'importants moyens financiers en campagne de marketing en Belgique pour redorer son blason.

Comment procède AIG Europe pour établir un contrat d'assurance? Toute une série de paramètres entrent en ligne de compte, qui vont de la chaîne de fabrication d'un produit, en passant par son histoire, à son système de contrôle de la qualité. Tout est passé au peigne fin. «Nous ne dévoilons pas notre manière de procéder, confie Nicolas Gross. C'est un secret.» Tout comme d'ailleurs le montant des primes que devra payer la société qui contractera une telle assurance. Pourtant, la prime maximale pour une contamination criminelle va jusqu'à 160 millions de francs suisses de garantie et 40 millions de francs suisses pour une contamination accidentelle. Ce ne sont que des plafonds indicatifs. Sur demande, le client peut augmenter le montant de la garantie.

Autre secteur dans lequel la société revendique sa spécificité: l'enlèvement de personnes, que ce soit de grands patrons d'entreprise, des hommes d'affaires, des individus fortunés ou des ingénieurs travaillant dans des pays à risque (voir graphique). Avec la mondialisation, le kidnapping est parfois devenu un vrai «business». «Si la société a contracté un contrat d'assurance, nous payons la rançon et le risque de la perte de l'argent pendant la livraison aux ravisseurs, l'aide psychologique aux familles, voire le salaire de l'employé enlevé», détaille Nicolas Gross. Là encore, le groupe AIG travaille dans le monde entier avec la célèbre agence Kroll Associates, consultants en gestion de crise et de sécurité. La situation des personnes exposées à ce type de risque sera minutieusement gardée secrète. «Un millionnaire discret n'encourt pas les mêmes risques qu'un ingénieur qui travaille en Tchétchénie», explique Nicolas Gross. La prime minimale pour une assurance contre l'enlèvement tourne autour des 10 000 francs par an. Avec la mondialisation, l'avenir des assurances risque est assuré.

Dans son ensemble, le groupe a réalisé un bénéfice de 3,7 milliards de dollars en 1998. Quant à la filiale AIG Europe (Suisse), elle ne dévoile aucun chiffre sur la marche de ses affaires.