Ces cinq dernières années, la gestion des devises a suscité un intérêt croissant en tant qu'ensemble de compétences distinctes de celles de la gestion d'actions et d'instruments à revenus fixes. Cet intérêt provient dans une large mesure de l'essor de l'industrie des hedge funds, où l'«alpha» est roi et le «bêta» rejeté. N'ayant pas de bêta, les devises ont toujours été des sources potentielles d'alpha pour les gérants en actions et en obligations internationales. Toutefois, étant donné la contribution plus importante des devises à la performance des obligations qu'à celle des actions, les gérants obligataires sont typiquement ceux qui ont le plus systématiquement exploité cette source potentielle d'alpha.

Les gérants qui ont eu recours avec succès à la gestion des devises comme source d'alpha profitent à présent de la tendance de l'industrie à générer de l'alpha dans des contextes de rendement absolu.

Les plus talentueux d'entre eux ne sont plus nécessairement associés à la gestion d'actions ou d'obligations; leurs stratégies peuvent aussi se distinguer et être vendues séparément, soit comme couvertures du risque ou en tant que stratégies de hedge funds. Trois caractéristiques du marché des devises en font des instruments parfaits pour une telle «séparation alpha-bêta»: 1) ils sont assez inefficients, ce qui multiplie les chances de succès du gestionnaire; 2) ils sont extrêmement liquides, ce qui réduit les frais de transactions et augmente les possibilités de levier; 3) les rendements des stratégies devises ne sont généralement pas corrélés avec ceux des principales classes d'actifs.

La question importante pour l'avenir de l'alpha devises est celle de sa viabilité. A la différence des «classes d'actifs» classiques, dont on attend un rendement, le rendement attendu de l'alpha est zéro. Un tel rendement est subordonné à des facteurs comme l'efficience du marché, l'étendue des opportunités et le talent du gérant pour les exploiter. Historiquement, les inefficiences du marché des changes tiennent à la présence d'importants acteurs des marchés, comme les entreprises ou les banques centrales, qui ne cherchent pas à maximiser leurs profits.