Offrant sécurité juridique, stabilité et neutralité politiques, la Suisse est depuis des années, et de loin, la principale destination mondiale des Russes fortunés pour la gestion de leurs avoirs, selon des estimations de l’ambassade à Moscou, citées par l’ATS. En 2020, des résidents en Russie ont transféré 2,5 milliards de dollars vers la Suisse, un record quinquennal, selon le dernier rapport économique de l’ambassade de Suisse à Moscou publié en novembre. La tendance s’est poursuivie en 2021, selon le rapport, avec des transferts nets de 1,8 milliard de dollars au cours des deux premiers trimestres.

Spécialisé dans la clientèle russe, Flavien de Muralt multipliait les coups de fil lorsque nous l’avons joint jeudi matin. Surtout avec des clients très affectés par la situation en Ukraine: «Beaucoup de clients russes restent très proches de leur économie nationale et investissent volontiers dans les actions de leur pays. Ils se trouvent dans un moment de panique, ne sachant pas s’il faut tout vendre ou faire le dos rond. Certains m’ont dit que la situation était extrêmement douloureuse pour eux», résume le gérant de fortune genevois.

Sortir des capitaux

La bourse russe a oscillé entre -10 et -20% ces derniers jours, les opérateurs étant très réactifs aux nouvelles concernant les sanctions occidentales en particulier. A Moscou, certaines actions ont perdu la moitié de leur valeur, parfois davantage. L’indice perdait 50% à l’ouverture, avant de se reprendre pour limiter sa chute à 25% en fin de matinée. Les actions russes cotées à Londres n’échappent pas à l’hécatombe, avec Sberbank qui perdait plus de 50% en matinée ou Gazprom qui reculait de 30%.

Les clients russes vont-ils rechercher des valeurs refuges comme le franc et sortir des capitaux de Russie? «Placer des capitaux à l’abri, en dehors de leur pays, fait partie de l’ADN de beaucoup d’entrepreneurs russes. Cet argent est placé en Suisse, en Allemagne ou en Angleterre, et est géré de manière diversifiée, ce qui ne va pas changer; cette partie de leur patrimoine est généralement peu exposée au marché russe», poursuit Flavien de Muralt.