La directive européenne MiFID est quasiment une boîte de Pandore, si l'on en croit les gérants de fortune indépendants. Le texte protège a priori mieux les clients, qui profitent d'une plus grande transparence dans les produits qui leur sont proposés. Les risques de placement doivent en outre leur être mieux expliqués.

Mais la branche doit désormais composer avec des règlements ultra-détaillés. Ils obligent parfois, comme en France, le conseiller en placement à consacrer la totalité d'une première rencontre avec un client à émettre des mises en garde et à détailler le plus exhaustivement les risques potentiels. Un peu comme si un vendeur de voiture donnait à ses clients un cours sur les accidents de la route avant de vanter les véhicules qu'il propose.

Contrairement à l'Union européenne, la Suisse n'a pas d'arsenal normatif spécifiquement destiné à régenter l'activité des intermédiaires financiers. Ces derniers sont toutefois soumis à la loi sur le blanchiment d'argent (LBA). Depuis la fin des années 1990, cette dernière contraint les acteurs de la branche à se surveiller eux-mêmes via des organismes d'autorégulation (OAR), ou bien à se soumettre directement à l'Autorité de contrôle basée à Berne.

Questions à Pierre Christodoulidis, président de la Convention internationale des gérants indépendants.

Le Temps: Comparé à l'UE, le système de surveillance des gérants indépendants suisses est très léger. Un paradis?

Pierre Christodoulidis: Le système suisse d'autosurveillance par le biais des OAR a montré ses limites. Nous allons demander formellement au conseil d'administration de la future Finma (ndlr: l'autorité de surveillance des marchés financiers qui regroupera dès 2009 la Commission fédérale des banques et l'Office fédéral des assurances privées) de remettre à plat leur activité.

- Y a-t-il trop d'OAR?

- La question n'est pas quantitative, mais relève de leur fonctionnement. Nous sommes finalement contrôlés trois fois! La surveillance des gérants est exercée par les organes de révision, ensuite par les OAR et enfin par les banques, où nous confions l'argent de nos clients en dépôt. Les banques contrôlent de manière très stricte la provenance de tous les fonds que nous leur amenons.

- Les OAR sont-ils alors de trop?

- Pas forcément. Ils pourraient être conçus comme des organes de corégulation, dont les compétences restent à définir. Il n'y a pas besoin de changer la loi pour faire évoluer la situation. Il faut simplement adapter son application. Nous pensons en outre qu'il n'est pas concevable d'attribuer aux OAR des compétences prudentielles.

- Supprimer un niveau de contrôle ne donnerait-il pas du grain à moudre aux critiques de la place financière suisse?

- Attention, nous ne demandons pas un retour en arrière. Le contrôle demeure. Je souligne en outre que le nombre de cas douteux dénoncés auprès du bureau d'annonce par des gestionnaires indépendants est risible. Il est dix fois supérieur dans les grandes banques. Nous ne voyons pas pourquoi la Suisse ne se simplifierait pas la vie. Ni le Luxembourg ni le Liechtenstein n'imposent les trois niveaux de contrôle avec lesquels nous devons composer.

De manière générale, le GSCGI (Groupement suisse des conseils en gestion indépendants) combat en outre la tendance de certaines autorités visant à vouloir tout réglementer, tout contrôler. Prenons le cas UBS. Même appliquées à la lettre, les normes de Bâle II (ndlr: qui réglementent les fonds propres des banques) n'ont pas permis d'éviter la crise ni les dégâts. Le contrôle de la Commission fédérale des banques non plus. La réglementation doit venir de la profession elle-même.