Leur importance a été officiellement minimisée. Mais ces déplacements de compétences humaines sur le marché étroit de la gestion institutionnelle romande sont révélateurs des tendances profondes qui agitent cette spécialité. Ces migrations montrent d'abord que ceux qui ont contribué au succès d'une maison donnée ne se reconnaissent sans doute plus dans des styles de gestion qui évoluent en fonction de la croissance accélérée des masses sous gestion.

Plus un acteur institutionnel grandit, plus il doit faire attention à ses mouvements financiers. Ceux-ci peuvent influencer la donne du marché suisse et donc les résultats de sa gestion. Or, de quelques pour-cent dans les fonds gérés, la gestion institutionnelle est devenue un domaine stratégique qui représente facilement 30% à 40% des masses sous contrôle chez un gérant institutionnel comme Pictet & Cie. Comme le signale un professionnel, pour les leaders du marché, la donne est désormais différente: «Etre grand peut être dangereux!» Tout simplement parce que les grands romands sont encore trop petits pour gêner les vrais géants de la gestion institutionnelle que sont l'UBS, le CSAM ou d'autres acteurs étrangers. Par contre, être petit reste intéressant. D'abord, cela donne de l'appétit et stimule l'agressivité, surtout si on dispose d'une allocation généreuse en fonds propres, pour aller grignoter dans le pré carré d'un leader régional. Accessoirement, le gêner en lui empruntant quelques-uns de ses meilleurs éléments fait partie du jeu concurrentiel. D'autant que ces professionnels comptent malgré tout. Car, dans la gestion institutionnelle comme dans la gestion privée, les hommes sont essentiels. Dans ce sens, il n'est pas sûr que les caisses de pension romandes apprécient beaucoup de voir le leader de la spécialité prendre des accents anglo-saxons très prononcés au plus haut niveau de sa hiérarchie.