Quatre cent vingt-cinq milliards! C'est plus du tiers de la totalité (1180 milliards de francs) des actifs gérés par le Credit Suisse Group dans le monde. Pour l'Helvète moyen, on peut aisément comparer ce montant à celui de la totalité du marché suisse des fonds de placement ou encore de la fortune (428 milliards) parquée dans toutes les caisses de pension du pays. Ce montant, qui représente les actifs que gère la filiale Credit Suisse Asset Management (CSAM) du CSG dédiée à la gestion des investissements («asset management» en anglais), est certes impressionnant. Mais, tout comme dans le cas de UBS SA, il fait figure de paille par rapport à ce que détiennent les leaders américains de cette branche. La stratégie qualitative et quantitative que poursuit CSAM dans ce domaine «dynamique et changeant» est donc de très longue haleine.

La taille de la fortune institutionnelle de CSAM, partagée entre des clients professionnels et une clientèle privée qui investit essentiellement par le biais des fonds de placement, est à une coudée de celle de UBS Asset Management (environ 580 milliards de francs). Pour l'une et l'autre banque, dont la position en Suisse reste essentielle, sa croissance est très soutenue. L'an passé, en y incluant l'effet du rachat de l'américain Warburg Pincus Asset Management et de ses 40 milliards de francs sous gestion, elle a ainsi grandi de 43% pour le groupe CSG. Ce rythme est dicté par l'influence de plusieurs éléments. On y retrouve pêle-mêle les conséquences du vieillissement démographique, celles du déclin des pensions payées par l'Etat, la création de nouvelles richesses, les effets de la désintermédiation financière, ceux de la sous-traitance, une culture grandissante des actions chez les investisseurs et une plus grande liquidité des marchés. Toutes ces tendances permettent aux acteurs bancaires du marché institutionnel d'anticiper une croissance de leurs avoirs «nettement supérieure à 10% par an avant appréciation du marché», peut-on lire dans le dernier rapport annuel de CSAM.

Cette croissance explosive a plusieurs conséquences pour ces grandes banques. D'une part, elle doit être conjuguée à la globalisation des marchés et à la nécessité d'investir toujours plus dans les technologies de l'information et du marketing (le poste «autres frais d'exploitation» de CSAM a progressé de 47% en 1999). Comme le remarquait récemment l'analyste Claudia von Türk de Pictet & Cie à propos des deux grandes banques, ces facteurs ont pesé à la hausse sur la masse critique nécessaire pour survivre mondialement dans le secteur de la gestion des investissements.

Cette masse, évaluée à 500 milliards de francs, semble être atteinte par UBS SA, mais pas encore vraiment par CSAM. Or, cette limite a depuis longtemps été dépassée, puis repoussée, par des acteurs américains ou européens comme Fidelity, AXA avec Alliance capital, Barclays, Merrill Lynch, State Street ou Prudential qui étaient tous, il y a déjà deux ans, au-delà de ce montant.

Comme le note donc Claudia von Türk, «les deux grandes banques suisses ont certes une forte position, mais elles ne sont pas dominantes dans ce domaine». Pour conserver cependant leur place, UBS Asset Management et CSAM se sont engagées dans une stratégie de croissance organique et externe. La première a ainsi intégré les fonds de placement sophistiqués de GAM. La seconde s'est payé une position renforcée sur le marché américain en reprenant Warburg Pincus Asset Management. Les deux ont aussi engagé une stratégie de croissance qualitative basée sur un mélange de marque, de technologie et de stimulation de l'expertise humaine. Comme le souligne le rapport annuel de CSAM, «ces changements sont nécessaires pour gérer efficacement une société d'envergure mondiale et pour fournir une valeur ajoutée plus grande au client». Dans ce contexte, une approche plus «marketing» de la clientèle est devenue essentielle. Et tant UBS Asset Management que CSAM sont aujourd'hui largement engagées dans le développement de leur image de marque.