Prévisions

La gestion traditionnelle a encore de l’avenir

Les études se succèdent pour annoncer de profondes mutations bancaires. Zwei Wealth Experts pense que sous l’angle du client moyen, ce sera presque le statu quo faute d’alternatives crédibles

Il n’est pas un jour sans que les médias ne parlent de disruption en finance. Zwei Wealth Experts, un consultant zurichois indépendant, spécialisé en gestion de fortune. A la présentation de ses «thèses sur l’avenir de la gestion de fortune sous l’angle du client», Patrick Müller, directeur, a indiqué, jeudi dernier, à Zurich, que «pour l’essentiel, ces deux prochaines années, il n’y aura pas de grands changements dans l’offre de services bancaires».

«Les banques seront avant tout occupées à gérer les changements réglementaires et à améliorer leur rentabilité. Les clients ne devraient pas guère manifester d’empressement à modifier leurs relations bancaires faute d’alternatives suffisamment crédibles», a poursuivi Patrick Müller. Telle est la thèse principale de l’institut zurichois.

Son analyse porte sur un «client moyen» de la gestion de fortune, c’est-à-dire au bénéfice d’une fortune de 2 millions de francs.

Au cours des deux dernières années, les changements n’ont pas été significatifs. Le client a profité d’une plus grande transparence des coûts due à la disparition des rétrocessions. Mais d’autres frais ont été prélevés, si bien que les coûts des services bancaires n’ont pas diminué. Le rendement n’est guère meilleur, car la transparence fiscale le pénalise. La gestion du risque s’est toutefois légèrement améliorée, ne serait-ce qu’avec l’émergence des mandats de conseil. Mais une approche globale du client fait souvent défaut, celle qui intègre les avoirs de toutes les relations bancaires ainsi que les actifs réels (maison, résidence dans un autre pays).

Le client profite peu de la numérisation

A l’avenir, la numérisation se traduira par des efforts d’efficience et d’industrialisation de la branche, mais le client ne profitera pas d’une amélioration évidente de l’offre de services. Telle est la deuxième thèse de Zwei Wealth Experts.

Les clients robots se développent de manière significative, mais dans deux ans, ils ne resteront qu’un produit de niche, estime Patrick Müller en présentant sa troisième thèse. Un client robot ne permet pas d’offrir les raffinements des mandats de conseil en termes de gestion des risques. Mais Felix Niederer, directeur de True Wealth, présent à la manifestation, rétorque que ce type de services s’accompagne d’une augmentation des transactions et qu’il génère des coûts. La stratégie passive et orientée à long terme d’un client robot limite les frais et améliore le rendement, à son avis.

Dans la gestion des actifs du client, les produits de gestion passive (ETF) remplaceront progressivement la gestion de fortune traditionnelle, avance Zwei Wealth Experts. Le modèle selon lequel les stratèges de la banque décident d’une allocation stratégique et tactique n’a pas produit de bons résultats, fait valoir Patrick Müller. En outre, les fonds de placement censés battre les indices (gestion active) ne répondent que rarement aux promesses. Les ETF progressent parce qu’ils sont bon marché, mais la gestion passive n’est pas efficiente dans une perspective de gestion des risques.

«Mieux vaut une gestion basée sur une équipondération des titres (afin que chaque titre ait le même poids dans le portefeuille) à une gestion indicielle», propose Michael Frei, associé auprès d’OLZ, à Berne.

Un centre d’appels plutôt qu’un conseiller personnel

«Les coûts devraient être sous pression», indique Zwei Wealth Experts. On assistera dans un premier temps à une transparence accrue, puis à une négociation des tarifs. Enfin, Zwei Wealth Experts est d’avis que le modèle de conseil personnel sera remplacé progressivement, pour les clients de moins de 5 millions de francs, par des centres d’appel, ou par un service par une équipe de conseillers, ou encore par un renvoi aux services en ligne.


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