HABITAT

Gétaz Romang, une épopée de 120 ans

La société vaudoise est en passe d'être rachetée. Vincent Gétaz évoque son histoire.

Au lendemain de l'annonce de l'intention de rachat du groupe Gétaz Romang par le groupe irlandais CHR, Vincent Gétaz se souvient de l'histoire de l'affaire familiale. Agé de 70 ans, il est un témoin privilégié car il est non seulement le petit-fils du fondateur Samuel Gétaz, mais il a également siégé durant trente-trois ans au conseil, qu'il a lui-même présidé dès le décès de son frère Martin en 2001 et jusqu'en 2006. «Sentimentalement, cela me fait quelque chose de voir le groupe passer en mains étrangères, mais, objectivement, c'est une bonne chose. Notre stratégie exigeait depuis longtemps que l'on s'implante davantage en Suisse alémanique. D'ailleurs, dès le départ, nos ancêtres avaient bien compris la force de se réunir.»

- 1887-1930

Entré dans le commerce de son parent Charles Genand, en 1887, Samuel Gétaz cherche un commanditaire pour accélérer le développement de la société. Ce sera Emile Romang. Cette rencontre est une belle aubaine puisque ce dernier vient de gagner 100000 francs à la Loterie du Canal de Suez. Une somme énorme pour l'époque! Ainsi, dès 1900, les branches carrelages et sanitaires viennent s'ajouter à celles des matériaux de construction et du bois. Aujourd'hui encore, le groupe Gétaz Romang figure parmi les rares entreprises à rassembler dix branches sous le même toit.

En 1916, Alfred Ecoffey rejoint la société qui devient Gétaz, Romang et Ecoffey et étend son implantation à Châtel-Saint-Denis, Montreux, puis à Genève, Château-d'Œx et Aigle.

- 1931-1966

Selon Vincent Gétaz, l'affaire familiale connaît véritablement un «extraordinaire développement» avec l'arrivée à sa tête de son père Edouard, en 1934. «Par rapport à mon grand-père, qui était musicien et qui chantait le Lyoba à la Fête des vignerons, mon père était très professionnel, un vrai homme d'affaires. Il a été le premier dans la région à s'équiper d'un ordinateur IBM.» En 1956, cent ans après sa création, la société crée la branche «agencements de cuisine».

- 1966-1990

A la mort d'Edouard Gétaz, son fils Martin reprend les rênes comme administrateur délégué. «J'étais pour ma part très indépendant et suis devenu ingénieur civil, raconte Vincent Gétaz. Mon frère était un chef très apprécié car il avait un sens aigu du contact.» Avec lui, la société devient un grand groupe. Elle rachète des entreprises qu'elle conserve la plupart du temps sous leur propre enseigne. En 1971, elle s'implante à Payerne en reprenant J.Rapin SA et en 1975 à Bulle en rachetant E.Glasson & Cie SA. «C'est indispensable dans le métier car les gens de Bulle ne seraient jamais allés ailleurs que chez Glasson.»

Les années 80 voient Gétaz Romang s'implanter en Suisse alémanique. En 1988, elle reprend la société Sabez AG, établie à Zurich et à Saint-Gall. C'est aussi l'époque où elle cesse son activité industrielle. «Nous fabriquions des produits en ciment notamment à Villeneuve, Sion et Aigle, pensant que cela influait sur le cours du prix d'achat. Mais nous avons fini par fermer.»

- 1990-1999«Ce furent les pires années!» atteste Vincent Gétaz. Le secteur de la construction connaît une crise avec 25% de perte du volume total des affaires. Gétaz Romang doit procéder à une restructuration, menée par Hermann Flückiger, directeur général depuis 1989. La société continue cependant d'acquérir quelques entreprises: Sanitär Material AG à Lucerne et Forster à Glattbrugg (ZH).

- 1999

La fusion avec l'entreprise Miauton fait passer Gétaz Romang à l'échelon supérieur. Si chaque entité conserve sa raison sociale, sa direction et son propre fonctionnement, des synergies au niveau des achats et de l'utilisation de certains services ont lieu. Le concept «Tout sous un même toit» voit le jour. Il fonctionne aujourd'hui à Lausanne, Bussigny, Nyon et Neuchâtel. La fusion conduit également à un changement dans la composition du capital avec la suppression du pool d'actionnaires constitué par les descendants des familles fondatrices. La famille Miauton détient 23%. Les tentatives d'Asselsa de prendre le contrôle du groupe lui font imposer une limite à 5%. «A ce moment-là, Gétaz Romang a quitté son statut d'entreprise familiale», souligne Vincent Gétaz.

- 2003-2007

En 2004, Jean-Jacques Miauton accède à la direction générale de Gétaz Romang. L'organisation est entièrement revue. La société devient une holding. De nouveaux métiers apparaissent comme celui de logisticien. «La holding a apporté beaucoup en termes de clarté et de responsabilisation des centres de profit», conclut Vincent Gétaz.

Gétaz Romang doit probablement sa force au fait qu'elle a toujours bien su choisir ses associés, y compris aujourd'hui CHR, celui qui s'apprête à la racheter.

Publicité