Dévaler les pentes à vive allure, se laisser séduire par une bordure de poudreuse sécurisée, cela peut déjà être grisant. Mais c’est clairement insuffisant pour les assoiffés de sensations. Pour ces riders-là, il y a le kite (cerf-volant de traction), que l’on peut utiliser sur la neige, sur l’eau ou sur la terre. «C’est un mélange de glisse, de vol et d’évasion, un appel à la liberté…», écrit un adepte sur un blog spécialisé.

Issue du parapente, Fabienne Kaufmann s’est essayée à ce sport fun un peu avant la fin des années 2000. «Combien de fois j’ai fini dans les roseaux du lac à Saint-Blaise…», se rappelle-t-elle. Puis elle deviendra championne du monde de kite-ski, avant de quitter l’enseignement pour fonder sa propre société, Gin Kiteboarding à Nods (BE), sur le plateau de Diesse, en 2007. Son bureau respire d’ailleurs cet univers branché et jeune, tout comme son look, qui s’affranchit des codes de l’executive women.

Production asiatique

Avec son designer Robert Graham, elle se lance à corps perdu dans la création des seuls modèles de kites actuellement développés en Suisse. «Si la recherche et le développement, le commercial et la logistique sont réalisés ici, dès le départ, j’ai pris l’option d’une production asiatique, explique la cheffe d’entreprise. Mais ce ne fut pas simple et j’ai dû visiter beaucoup d’usines avant de pouvoir obtenir la qualité que j’exigeais.»

Car face à ses «grands» concurrents, qui se nomment Cabrinha ou North, il faut se distinguer. «Vu l’explosion de ce sport, nous avons vu des marques émerger d’un peu partout qui s’adonnaient à la course aux gadgets techniques, poursuit Fabienne Kaufmann. Mais la qualité et la sécurité resteront au final le choix déterminant, pour autant que le produit soit à la mode.» En proposant deux modèles pour chaque domaine d’activité (neige, eau et terre), avec des prix allant de 800 à 2000 francs environ, la PME du Jura bernois s’assure également des ventes toute l’année.

Si la fondatrice refuse de dévoiler le nombre de kites qu’elle a livrés en 2009 dans un marché encore assez secret dû à sa jeunesse, elle «table sur une augmentation de 70% de ses voiles vendues en 2010 et de 130% en 2011 par rapport à 2009». Présent à travers une douzaine de distributeurs dans le monde, Gin Kiteboarding possède des clients aux Etats-Unis, au Canada et même en Nouvelle-Zélande.

«Mais maintenant, j’aimerais aller plus vite, confie la Neuchâteloise de 38 ans. Et pour cela, il faut que je renforce les ventes et le marketing.» Ainsi, la quête d’investisseurs, pour un demi-million de francs environ, a démarré et des «contacts sont en cours». Pierre Bordry, directeur de Capital Proximité, estime que «cette PME a le bon profil pour trouver des investisseurs, qui pourraient s’impliquer dans la gestion de l’entreprise». L’argent trouvé permettrait aussi à la jeune pousse, qui compte sur une équipe d’une dizaine de personnes, de commercialiser un système de sécurité innovant. Finalement, l’objectif est également de développer l’utilisation de tissus et matériaux recyclés. «Nous imprimons par exemple les guides d’utilisation sur des morceaux de prototypes qui partiraient à la poubelle», se félicite Fabienne Kaufmann. Déjà à l’équilibre, la start-up vise toutefois une réduction des coûts de production en 2010. Elle étudie par exemple tout le processus logistique en vue de l’optimiser. Soutenue par Genilem depuis quelques mois, elle crée actuellement une école, Gin Kiteboarding Academy, qui démarrera ces prochaines semaines, avec des cours sur neige dans le Jura neuchâtelois et sur le lac dès cet été.

Débouchésdans l’énergie éolienne

A plus long terme, Gin Kiteboarding pourrait mettre son expertise au service de l’industrie. «Quand un cargo se fait tirer par un kite, sa réduction de consommation de carburant peut atteindre 30%», soulève la dirigeante. Des sociétés comme l’américaine Kiteship proposent d’adapter le principe des kites aux navires du commerce.

Des débouchés au niveau de l’énergie éolienne s’avèrent également prometteurs. Les premières centrales à cerfs-volants, constituées d’une plateforme circulaire placée au sol sur laquelle sont accrochés de très longs câbles reliés à des voiles géantes, comme le «Kitegen» d’origine italienne, pourraient bientôt voir le jour. «Ce potentiel élevé, au-delà des activités sportives, nous pourrions l’exploiter, conclut Fabienne Kaufmann, car nous maîtrisons chaque étape du développement du produit.»