Le Temps: En marge de l'offre publique d'achat que vous avez lancée sur Baumgartner, vous avez acheté 33,2% des actions du groupe vaudois. En détenez-vous déjà 50% grâce à ce que les autres actionnaires auraient pu vous avoir apporté?

Giorgio Behr: Je ne donnerai de chiffres qu'après la clôture de l'offre, mardi soir 6 mai. Mon objectif reste d'en détenir au moins 66,67%. D'ici là, je continue de prendre tous les titres qu'on m'apporte. Nous avons arrêté d'acheter directement par la bourse des actions pour ne pas dépasser le seuil d'un tiers, ce qui nous obligerait à éliminer une partie des conditions posées.

- Pourquoi les actionnaires devraient-ils vous apporter leurs titres alors que la direction juge votre offre nettement insuffisante?

- Je leur permets de sortir du groupe Baumgartner, qui n'est en fait plus que la société CFS (ndlr: Compagnie franco-suisse, en Alsace, spécialisée dans les emballages alimentaires), à un prix de vente raisonnable, 460 francs. C'est d'ailleurs à ce niveau que j'ai pu acquérir mes 33%, preuve que le marché juge ce cours intéressant.

J'ajoute que sur les 12 derniers mois, le titre a évolué en moyenne à quelque 410 francs dans un marché très peu liquide: il ne s'agit pas d'une petite capitalisation, mais d'une nano-capitalisation!

Enfin, il s'agit pour eux de la seule véritable occasion au cours des dix dernières années de se retirer du groupe. En 2001, il leur avait bien été proposé 1100 francs par titre, mais la direction les avait découragés de vendre.

- Les quelque 220 employés de CFS doivent-ils être inquiets?

- Non, au contraire. Si nous réussissons, la CFS sera intégrée à la division emballage de BBC (ndlr: Cellpack Packaging). Or nous disposons d'un savoir-faire plus étendu qui lui permettra de grandir encore, notamment en France. Je suis un entrepreneur, et pas un avocat ou un financier comme c'est actuellement le cas à la tête de la holding vaudoise. Mon but est de faire grandir la CFS, et nous en avons, avec un taux de 75% des capitaux propres et une liquidité importante, bien davantage les moyens financiers que Baumgartner.

- Qu'est-ce que cela changera pour vos clients?

- Notre offre complète celle de la CFS. Ils profiteront donc de nos services, ainsi que de notre implantation dans des marchés à bas coût de main-d'œuvre comme la République tchèque.

- La Banque Cantonale Vaudoise (BCV), qui détient 16,67% des actions, s'est désolidarisée de la direction de Baumgartner. Elle juge cependant votre prix insuffisant. Etes-vous en discussion avec elle?

- Nous avons été en contact avec la BCV au début de l'opération; elle avait toutefois indiqué être en accord avec le conseil d'administration et la direction. Depuis, nous n'avons plus eu de contact. J'estime en tout cas qu'elle n'a droit à aucune prime. Elle détient plus de 16,67% du capital, mais ne contrôle pas le groupe.

- Supposons que le 6 mai vous disposiez de 66,67% du capital. Que ferez-vous le 13 mai si l'assemblée générale refuse de supprimer la limite de vos droits de vote à 3%?

- Je jugerai le moment venu, car je n'ai pas encore pris ma décision. Par hypothèse, je pourrais constater mon échec, et renoncer à l'OPA, car cette élimination de la restriction du droit de vote va avec mon offre. Cette limite à 3% n'est rien d'autre qu'une expropriation des actionnaires.

- Quelles sont vos chances de faire supprimer cette limite?

- Je dispose de 3% de droits de vote, grâce aux 33% que je détiens dans le capital. Les actionnaires qui m'auront apporté leurs titres d'ici au 6 mai m'auront aussi donné leur droit de vote, comme le permet la loi. Enfin, je suis persuadé que la BCV votera en faveur de l'abolition de cette limite qui date d'un autre temps. C'est une banque d'Etat, qui doit songer au bien-être des petits porteurs dont beaucoup sont Vaudois et qui doit respecter la volonté des actionnaires.

- Souhaitez-vous retirer Baumgartner de la bourse?

- Vue l'absence d'un marché liquide, ce serait la seule solution raisonnable. Nous n'en sommes pas là, et nos intentions restent inchangées.