Révélations

Glencore accusé de polluer le débat sur le charbon australien

Le géant zougois de l’extraction a eu recours aux services de «spin doctors» pour faire passer ses messages sur le charbon. Glencore confirme une «campagne proactive», qu’il dit avoir résiliée après avoir annoncé son intention de «geler» sa production

Project Caesar. C’est le nom de la discrète campagne de Glencore visant à promouvoir le charbon en Australie. Le géant zougois de l’extraction et du négoce a mandaté l’agence de communication C|T Group afin de discréditer les énergies renouvelables sur les réseaux sociaux, saper le discours environnementaliste et influencer les politiciens locaux, selon une récente enquête du quotidien britannique The Guardian. Budget annuel: de 4 à 7 millions de livres sterling.

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L’affaire interpelle alors que Glencore a annoncé le 20 février son intention de «geler» sa production annuelle de charbon, sous la pression d’un consortium d’investisseurs. Il devrait tout de même en produire 145 millions de tonnes en 2019; un montant encore trop élevé pour de nombreux écologistes qui y voyaient une hypocrisie ou un simple effet d’annonce.

«Honte nationale»

«Stoppez ces éoliennes qui désacralisent la tombe de nos soldats», pouvait-on lire sur un post Twitter, datant de novembre 2017, du mystérieux compte Energy in Australia. Le compte qui soutient la construction d’usines à charbon «hautement efficientes à faibles émissions» est, selon les enquêteurs du Guardian, associé à un employé du cabinet C|T Group. Il tentait ici de jouer sur la fibre patriotique australienne et la mémoire des soldats du Commonwealth, tombés en France durant la Première Guerre mondiale, pour s’opposer à un projet… porté par l’Elysée et le groupe énergétique français Engie.

L’ancien premier ministre australien Kevin Rudd a qualifié Project Caesar de «honte nationale», dans un tweet diffusé jeudi. Quatrième producteur mondial de charbon, l’Australie est plongée en plein débat sur la transition énergétique alors qu’un juge a interdit, début février, la construction de nouvelles mines afin de diminuer «urgemment» les émissions de gaz à effet de serre.

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Alors que des voix s’élèvent pour demander plus de transparence dans le financement de ces campagnes publiques, l’exécutif ne semble pas prêt à changer de cap. Jeudi, le ministre des Ressources énergétiques Matt Canavan a déclaré que «le meilleur moment pour construire une centrale à charbon, c’était il y a dix ans, et le deuxième meilleur moment, c’est maintenant».

Glencore voulait «contrer la désinformation»

Le groupe Glencore s’était lui-même laissé tenter par le charbon australien. Au moment du lancement de sa campagne secrète, il s’était lancé dans des discussions pour l’acquisition de parts majoritaires dans deux mines à charbon pour quelque 3 milliards de francs. Des transactions complétées l’année dernière.

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Contactée par Le Temps, la multinationale confirme avoir «utilisé les services de C|T Group pour un projet incluant de la recherche, des groupes de discussion et des sondages afin de mieux comprendre le sentiment de l’opinion publique sur le charbon».

Glencore précise que Project Caesar visait à «transmettre de simples faits sur le charbon et contrer la désinformation des activistes environnementaux». Il précise avoir toujours respecté la régulation locale en la matière, mais annonce avoir résilié le mandat confié à C|T Group à la mi-février, afin de «s’aligner avec son récent communiqué sur le changement climatique».

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