Glencore doit soit cesser d’exporter des matières premières de la République démocratique du Congo, soit les transformer sur place. C’est ce qu’a dit la vice-première ministre de cet Etat africain, Eve Bazaiba, à un ambassadeur suisse à la COP26 à Glasgow vendredi. Ses propos ont été relayés par Geneva Solutions, un média qui collabore avec Le Temps.

Le groupe minier zougois aurait, selon la politicienne congolaise, «encaissé l’information», plaçant le deuxième plus vaste pays d’Afrique «dans l’expectative». Chez Glencore, on ne fait aucun commentaire. Les enjeux sont énormes.

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La RDC est une des contrées où la multinationale creuse le plus, surtout du cuivre et du cobalt, qui jouent un rôle clé dans la transition énergétique et la numérisation de la société. En 2020, sur 1,26 million de tonnes de cuivre produites par Glencore, 301 000 venaient d’Afrique, surtout de RDC, et sur les 27 400 tonnes de cobalt extraites par la firme suisse, 23 900 étaient congolaises. Glencore est le deuxième fournisseur de cuivre au monde et le principal producteur de cobalt.

En 2020, Glencore a payé 424 millions de dollars de taxes aux autorités congolaises, contre 843 millions en 2019 et un milliard en 2018, selon le groupe. La baisse est due au fait que Mutanda, la plus grande mine de cobalt au monde dont il détient la concession, est en maintenance depuis deux ans. «Elle doit rouvrir ce mois», glisse un porte-parole de Glencore.

Huit milliards investis depuis 2008

Le groupe a investi près de 8 milliards de dollars en RDC depuis 2008, quand il s’est lancé dans ce pays. Il possède Mutanda Mining et 75% des parts de Kamoto Copper Company, deux sociétés congolaises qui emploient 14 500 personnes. Les conditions d’extraction sont compliquées dans ce pays où il y a de nombreux mineurs artisanaux, des travailleurs qui creusent de façon non industrielle dans des conditions humaines et environnementales dangereuses.

Glencore détient ainsi les droits d’exploiter une mine, Tilwezembe, à laquelle il ne peut accéder car elle est envahie par des mineurs artisanaux depuis 2011. Le groupe dit avoir demandé en vain aux autorités de prendre des mesures pour résoudre la situation. En RDC, Glencore exploite d’autres mines qui s’appellent Kamoto, T17, KOV, Kananga ou encore KITD.

Ces exploitations sont critiquées par des ONG. Le géant zougois est soupçonné par la justice américaine, britannique et suisse d’avoir obtenu le droit de creuser au Congo pour un prix dérisoire. Les Paradise Papers, une fuite de données en 2017, laissent entendre que le groupe a triché pour obtenir ces licences.

Glencore ne fait pas que creuser en RDC. En 2014, le groupe a participé à la rénovation de deux turbines hydroélectriques sur le fleuve Congo, les barrages d’Inga, en partenariat avec l’Etat, à hauteur de 400 millions de dollars. Cette énergie dessert des mines de Glencore et une partie de la population. En 2020, Glencore a rejoint la Fair Cobalt Alliance, une organisation qui vise à supprimer le travail d’enfants dans des mines artisanales.

Réduire l’emprise chinoise

Comment faut-il dans ce contexte comprendre le message d’Eve Bazaiba? «Dans un sommet comme la COP26, c’est souvent celui qui aboie le plus fort qui se fait le plus écouter», relativise Florence Schurch, secrétaire générale de la STSA, la faîtière des négociants en Suisse (dont Glencore ne fait pas partie). «Il faut réaliser que la RDC a un sous-sol qui joue un rôle clé dans la transition énergétique. On a tous un téléphone portable, un four, un logement, un compte sur un réseau social. Quoiqu’on fasse, il y a du cobalt et du cuivre derrière.»

Un autre observateur du secteur, qui souhaite rester anonyme, estime qu’il faut vérifier si des firmes chinoises ne sont pas prêtes à s’engouffrer dans la brèche si Glencore était poussé vers la sortie. «Avoir un groupe minier suisse permet de réduire notre dépendance à l’égard de la Chine, dont l’emprise est croissante en Afrique, selon notre source. Les politiques doivent soutenir des groupes comme Glencore.»

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Pierre de Pasquale, directeur des relations publiques de la Responsible Mining Foundation, une organisation basée à Nyon, relève que les autorités indonésiennes ont imposé une mesure d’interdiction d’export similaire en 2017 qui doit entrer en application en 2022. Plusieurs entreprises étrangères ont quitté le pays mais de nouvelles fonderies ont été mises en route ou sont en cours de construction.

Glencore est de loin le principal groupe minier suisse en RDC mais d’autres acteurs helvétiques des matières premières y ont investi. Le genevois Trafigura a un accord d’achat avec l’Entreprise générale du cobalt (EGC), une société étatique qui gère une partie de l’exploitation artisanale du cobalt congolais. Trafigura possède aussi Mawson West, une firme qui exploite une mine de cuivre au sud-est du pays. La société tessinoise Duferco a disposé d’une mine en RDC et le groupe chinois MMG, qui possède une filiale à Schaffhouse, s’active dans une mine de cuivre vers Lubumbashi.