PETROLE 

Glencore remis en selle par une privatisation russe controversée

Le négociant anglo-suisse s’est associé avec un fonds souverain qatari pour racheter 19,5% du plus gros pétrolier mondial. Mais les dessous de la transaction restent ténébreux

Les privatisations russes sont souvent controversées et nimbées de mystère. Pour le négociant anglo-suisse Glencore, celle du pétrolier russe Rosneft se profile également comme une très belle affaire. Le négociant n’a déboursé que 300 millions d’euros (321 millions de francs) pour une part de 9,75% dans le plus gros producteur mondial de pétrole.

Annoncée le 7 décembre et finalisée mercredi dernier, la transaction prend la forme d’un consortium à parité entre Glencore et le Fonds souverain Qatar Investment Authority, lequel rachète à l’Etat russe une part de 19,5% dans Rosneft pour 10,2 milliards d’euros. Le consortium devient le troisième actionnaire du pétrolier russe, derrière le Kremlin (50% plus une action) et le britannique BP (19,75%).

Garantie de 220 000 barils par jour

La transaction valorise Rosneft à 55 milliards d’euros, ce qui est six fois moins que l’américain ExxonMobil. À titre de comparaison, Rosneft possède des réserves de 34,5 milliards de barils, soit trois fois plus qu’ExxonMobil, dont la production actuelle est de 20% inférieure (1,43 contre 1,75 milliard de barils par an). Non content de ne mettre que 300 millions d’euros sur la table pour prendre le contrôle d’une part qui en vaut plusieurs milliards, Glencore se voit garantir par Rosneft 220 000 barils de pétrole par jour, ce qui le replace comme le plus gros négociant mondial de pétrole.

Mais la privatisation partielle de Rosneft est aussi très controversée. Elle a été ternie par l’arrestation du ministre de l’économie Alexeï Oulioukaïev le 15 novembre. Ce dernier avait eu l’audace de s’opposer à la privatisation telle que la souhaitait le PDG de Rosneft Igor Setchine, un proche de Vladimir Poutine.

Un tiers du déficit russe comblé

La principale question soulevée par la transaction concerne l’origine des fonds, qui sont destinés à combler un tiers du déficit budgétaire russe pour l’année 2016. Le fonds qatari n’apporte que 2,5 milliards d’euros. C’est la banque italienne Intesa Sanpaolo qui apporte le gros, avec un prêt de 5,2 milliards d’euros. Mais il manque toujours 2,2 milliards pour atteindre le total de 10,2 milliards d’euros. Aucune des quatre sociétés concernées n’explique ce trou.

D’autre part, la banque italienne, qui traverse une période très difficile, a admis mercredi chercher des partenaires pour former un crédit syndiqué. Une gageure, alors que Rosneft est frappé par les sanctions européennes et américaines liées à l’annexion de la Crimée en 2014. Intesa Sanpaolo affirme pouvoir contourner les sanctions en versant directement le crédit à Rosneftegaz, société holding détenant les parts du gouvernement russe dans Rosneft.

Argent public russe


Vu les risques politiques encourus par Intesa, déjà frappée dans un passé récent par de grosses amendes américaines, beaucoup d’observateurs russes subodorent un tour de passe-passe orchestré avec de l’argent public russe par Igor Setchine, lequel était très pressé de boucler la privatisation de Rosneft avant la fin 2016.

Sans crier gare, Rosneft avait en effet émit pour 600 milliards de roubles d’obligation (9,6 milliards de francs, à peu près le montant de la privatisation) au moment même où la transaction avec Glencore était annoncée. Des obligations qui auraient été rachetées par des banques russes en l’échange de prêts offerts par la banque centrale russe.

Intesa pourrait en fin de compte n’être que la devanture d’une opération de communication à base d’argent imprimé par la banque centrale russe. Car la participation de groupes étrangers à une privatisation russe est un coup d’éclat permettant à Vladimir Poutine d’hameçonner l’intérêt des investisseurs internationaux et d’ouvrir une large brèche dans le mur formé par les sanctions occidentales.

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