Embargo

Glencore s’écarte d’un partenaire russe devenu «toxique»

Les sanctions américaines démolissent la valeur des sociétés russes cotées et plus particulièrement celles du milliardaire Oleg Deripaska, partenaire de Glencore. Le Kremlin semble à court d’options pour protéger ses barons de la finance

Ivan Glasenberg a commencé mardi à défaire les liens qui l’unissent depuis onze ans avec l’homme d’affaires russe Oleg Deripaska, dans l’œil du cyclone après les nouvelles sanctions américaines. Le patron du géant zougois des matières premières Glencore a annoncé mardi qu’il quittait le conseil d’administration de l’entreprise Rusal.

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En outre, il renonce à échanger 8,75% du capital du géant russe de l’aluminium Rusal contre une participation dans En+ comme cela était initialement prévu puisque ces deux dernières sociétés sont contrôlées par Oleg Deripaska. Mardi, un communiqué de Glencore signalait pudiquement que le négociant «réévaluait» ses engagements avec Rusal, dont l’achat, étalé sur plusieurs années, de métaux pour 2,4 milliards de dollars.

Nouvelle ligne rouge

Les nouvelles sanctions américaines tombées en fin de semaine dernière interdisent aux sociétés et aux citoyens américains de mener des affaires avec 26 individus et 15 sociétés russes. Dans les faits, elles tracent une ligne rouge autour de leur cible fortement dissuasive pour les investisseurs, quelle que soit leur nationalité.

L’oligarque Oleg Deripaska, ou plus exactement les sociétés (En+ et Rusal) qu’il contrôle, a particulièrement souffert de ces nouvelles sanctions, car l’homme d’affaires est suspecté d’avoir joué un rôle clé dans les ingérences russes au moment des présidentielles américaines. Qualifié de «toxique» par les analystes financiers, le titre Rusal a perdu plus de 50% lundi à la bourse de Hongkong, tandis qu’il cédait un tiers de sa valeur à Moscou jusqu’à ce que la bourse suspende sa cotation. La valorisation d’En+ a chuté de 41% et sa cotation a également été temporairement suspendue.

Un communiqué de Rusal prévient de la possibilité de «défauts techniques sur un certain nombre d’emprunts». «La situation est difficile, mais nous allons la surmonter», veut croire Rusal. La dette du groupe métallurgique s’élève à 7,6 milliards de dollars, presque le double de la valorisation du titre en bourse.

Investisseurs épouvantés

Pour la première fois, Washington vise en particulier des sociétés privées russes, ce qui a épouvanté les investisseurs. Lundi, le marché financier moscovite a subi la pire chute depuis les premières sanctions internationales imposées en 2014 à la suite de l’annexion de la Crimée. L’index RTS (en dollars) a clôturé en basse de 11,3% et le rouble continuait mardi à se dévaluer contre le dollar et l’euro. La chute des actions s’est étendue à des titres non concernés par les sanctions, comme celui de la banque Sberbank (-20%), favori des investisseurs étrangers.

Pour l’heure, la réponse du Kremlin est restée déclarative et n’a guère calmé les esprits. Le premier ministre Dmitri Medvedev a parlé lundi de «mesures de soutien» aux sociétés visées par les sanctions ainsi que de «mesures de rétorsion efficaces» visant les Etats-Unis. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a qualifié de «scandaleuses» les sanctions, mais se donne du temps pour répondre, car «une analyse attentive [des sanctions] est nécessaire». Vladimir Poutine, qui se mure généralement dans le silence à l’apparition de mauvaises nouvelles, n’avait toujours pas réagi mardi après-midi.

Une rivalité naissante

Pour Tatiana Stanovaya, directrice du groupe d’experts R. Politik, «le Kremlin va chercher en premier à protéger ceux qui, aux yeux de Poutine, apparaissent comme les piliers du régime, soit le gaz, le pétrole et les banques. Mais d’un autre côté, la protection s’effectuera selon un principe politique, pour faire front contre les pressions occidentales. Une rivalité va émerger pour avoir droit à la protection de l’Etat, car ses ressources sont très limitées, tout comme les instruments.»

Le 4e mandat de Vladimir Poutine démarre sous des auspices inquiétants pour l’économie russe. La Russie dispose d’options réduites et ne compte guère d’alliés suffisamment solides pour percer la stratégie «d’encerclement économique» menée par les Etats-Unis.


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