Goldman Sachs reste certainement la banque de Wall Street la plus jalousée. La plus détestée, également. Il n’y a guère de raisons que cela change. Surtout alors que le seul pilier de Wall Street ayant échappé à la crise des «subprime» annonce sa volonté de rompre avec la période d’exception qui prévaut depuis l’automne dernier, fût-ce au détriment de ses rivales.

La banque a annoncé mardi sa volonté de convaincre les marchés financiers de lui amener 5 milliards de dollars, afin de l’aider à rembourser les fonds que lui avait fournis l’Etat américain en octobre, au paroxysme de la crise.

Rompre d’urgence avec l’Etat

Pourquoi un tel empressement? D’une part, l’accalmie de la météo boursière ouvre une fenêtre: avant la baisse de 7% accusée mardi en milieu de journée suite à l’annonce de ce projet, le cours des actions de la banque remontait de près de 50% depuis le début de l’année.

D’autre part, Goldman Sachs a tracé hier un bilan de son activité sur les trois premiers mois de l’année susceptible de rassurer d’éventuels souscripteurs. Le 1,66 milliard de dollars de bénéfices nets engrangé rompt avec les pertes de l’automne, qui atteignaient 1 milliard sur le seul mois de décembre. Certes, plus des deux tiers du produit net bancaire (l’équivalent du chiffre d’affaires) sont le fait d’activités de «trading» sur les marchés des taux, des changes ou des matières premières; un coup d’éclat que nombre d’analystes ne voient pas se répéter. Mais, pour les investisseurs potentiels, quel répit que de voir ces mêmes analystes ne pas s’échiner à évaluer les actifs toxiques risquant de faire couler la banque. Une «question sans objet» dans le cas de Goldman, selon les spécialistes de Merrill Lynch.

Plus que de trouver 5 milliards de dollars, l’urgence pour les dirigeants de Goldman Sachs reste surtout de se débarrasser de l’Etat, cet actionnaire encombrant qui encadre sévèrement les rémunérations des collaborateurs. Cela afin de pouvoir continuer de proposer des bonus de plusieurs millions de dollars à ses meilleurs cadres, ou «traders». Même l’an dernier, au cœur de la crise, 953 employés – soit un sur trente – ont touché plus de 1 million indiquait hier le Wall Street Journal.

Réticences de Washington

Problème, l’administration Obama ne serait, elle, pas pressée de se plier à l’agenda de la banque. «Si Goldman est autorisé à rembourser, les autres banques pourraient s’empresser d’en faire autant, tentant toutes de faire appel à un marché boursier qui reste faible», préviennent les analystes de Bernstein. Celles n’y parvenant pas apparaîtraient soudain comme maintenues sous respiration artificielle par Washington.

Or le principe du plan de sauvetage mis en place par le secrétaire au Trésor, Timothy Geithner, vise à pratiquer des «tests de résistance» dans chaque banque – résultat, fin avril – avant d’identifier celles devant renforcer leur capital. En dépit des efforts de lobbying de Goldman, «le gouvernement va repousser sa proposition de remboursement, jusqu’à ce qu’un nombre de banques assez important soit à même de le faire, simultanément», estiment les spécialistes de Bernstein. Cela forcerait Goldman à patienter des mois. Et contrarierait son plan de s’échapper en solo de la tutelle publique, afin d’asseoir son hégémonie.