Éditorial

Google contre Huawei: merci Donald Trump

ÉDITORIAL. L’acharnement dont font preuve les Etats-Unis contre la Chine et Huawei en particulier peut être au final bénéfique pour les consommateurs

A première vue, il n’y a que des perdants dans le conflit qui oppose les Etats-Unis à la Chine, et plus spécifiquement dans l’interdiction imposée à Google de travailler avec Huawei. Les clients de ce dernier ne pourront plus accéder aux services sur smartphone de la multinationale, portant un coup extrêmement dur à la société chinoise. Google risque ainsi de devoir renoncer à des centaines de millions de clients. Et plus globalement, les multinationales américaines et chinoises sont en train de perdre l’accès aux consommateurs des deux puissances. En apparence, le désastre est complet.

Et pourtant, l’acharnement dont fait preuve Donald Trump dans ce dossier a des vertus. D’abord, l’affaire met en lumière l’hyper-puissance de Google sur le marché des smartphones. La société californienne installe son système d’exploitation Android dans… 85,9% des smartphones vendus sur terre. Hormis Apple, tous les concurrents ont abandonné la partie, offrant un pouvoir jamais vu à Google. Même Microsoft, avec Windows, n’a jamais atteint ce niveau de domination, les données récoltées via les smartphones étant aujourd’hui si précieuses.

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Relancer la concurrence

Le deuxième effet bénéfique de cette affaire sera le coup de fouet que ressentent aujourd’hui Samsung, LG, Sony ou Nokia. Du jour au lendemain, ils savent désormais qu’ils peuvent perdre l’accès à Android. Tous les fabricants de smartphones ont renoncé à la volonté de créer leur propre système d’exploitation, s’abandonnant totalement à Google. Il est à espérer qu’ils reconsidèrent cette décision. Malgré les difficultés à venir, les Chinois vont, eux, certainement lancer leur concurrent d’Android.

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La troisième vertu est indirecte et concerne l’Europe. Le conflit en cours renforce nettement la ligne dure affichée par la Commission européenne contre Google. Souvenons-nous qu’en juillet 2018, Bruxelles lui infligeait une amende de 4,3 milliards d’euros pour abus de position dominante liée à Android. La Commission européenne avait prouvé non seulement que Google forçait les fabricants à installer certaines de ses applications, mais aussi que la multinationale récompensait ceux qui écartaient des services concurrents.

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La puissance extraordinaire dont jouit Google doit être encadrée et la concurrence doit s’accroître. L’affaire Huawei peut permettre d’y contribuer.

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