Carrières

Google et ses intrapreneurs de l’innovation

Google a fait un choix original en élaborant un dispositif managérial qui vise à favoriser l’intrapreneuriat, juge Michel Ferrary, de l’Université de Genève

Google n’est plus la start-up de ses débuts. Elle réalise aujourd’hui plus de 90 milliards de dollars de chiffre d’affaires et elle emploie plus de 72 000 salariés. C’est désormais une grande multinationale. Cependant, malgré des investissements massifs en recherche et développement (en 2016, le budget du département de R et D était de 13,9 milliards de dollars et il employait 27 169 chercheurs), Google se révèle incapable de générer en interne des innovations radicales, source de croissance.

Depuis l’invention de son célèbre moteur de recherche, les principales innovations qui ont contribué à son développement sont le fruit d’acquisitions. Entre 2001 et 2016, Google a racheté 204 start-up dont YouTube, Android, DoubleClick, Nest ou Waze. Les inventions produites par ses équipes de R&D se sont souvent révélées être des échecs commerciaux comme Google + et Google Glass.

Innovation versus bureaucratisation

Google fait donc face au problème que connaissent de nombreuses grandes entreprises: comment générer des innovations radicales malgré l’inévitable bureaucratisation de l’organisation? Certaines entreprises ont renoncé à ce défi en se focalisant sur une stratégie d’acquisition (Cisco Systems, Oracle). D’autres ont clairement échoué à le relever et ont disparu (Xerox, Kodak, Yahoo!).

Google a fait un choix original en élaborant un dispositif managérial qui vise à favoriser l’intrapreneuriat d’innovation. Il articule plusieurs pratiques pour inciter et aider les salariés à se comporter comme des entrepreneurs au sein même de l’organisation. En 2011, pour favoriser ce retour à une culture entrepreneuriale, Larry Page, l’un des deux fondateurs, a pris la direction de l’entreprise en remplacement d’Eric Schmidt qui en incarnait la bureaucratisation.

Promouvoir le statut de salarié-entrepreneur

En termes de management, Google permet à ses salariés de consacrer 20% de leur temps à l’exploration de nouveaux projets. Elle leur donne également la possibilité de créer une entreprise pour exploiter l’éventuel potentiel commercial de leur projet. Google accompagne ses salariés dans ce dispositif intrapreneurial en les formant à la démarche entrepreneuriale au sein de sa Startup University. Elle s’est également dotée d’un Startup Lab pour incuber les salariés et leurs projets.

A ce stade, le salarié-intrapreneur a la possibilité de mobiliser les ressources humaines et technologiques de Google pour développer et tester son innovation. Quand le projet est mature, il peut créer sa start-up sous la forme d’une spin-off. Le salarié passe d’un statut de salarié-intrapreneur à celui d’entrepreneur-actionnaire de sa propre entreprise. Pour l’aider dans cette phase de développement, Google dispose d’un fonds d’investissement en capital-risque, Google Ventures, qui investit dans ces spin-off.

Dispositif gagnant-gagnant

Ce dispositif se révèle gagnant-gagnant pour Google et le salarié. Les deux sont actionnaires de la start-up. Si celle-ci se révèle être un succès et que la technologie présente un intérêt stratégique pour Google, cette dernière rachète la totalité du capital et la réintègre dans son organisation pour la commercialiser. Remail a ainsi été rachetée et intégrée à Gmail.

Si la technologie n’a pas d’intérêt, la start-up peut soit être introduite en bourse (HomeAway) ou vendue à une autre entreprise (Dasient a été vendue à Twitter), permettant à Google et à son salarié-intrapreneur de réaliser une importante plus-value financière. En cas d’échec, le salarié est réintégré dans l’entreprise.

Ce dispositif intrapreneurial constitue une pratique managériale innovante pour inciter et aider les salariés à générer des innovations en interne. L’avenir nous dira si elle a permis à Google d’éviter la paralysie bureaucratique qui a frappé avant elle tant de grandes entreprises high-tech.

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