Le principe d’App Maker est résumé par Elissa Murphy, vice-présidente de l’ingénierie à G Suite, la plateforme d’outils de productivité de Google réservée aux professionnels: «Que vous cherchiez à mieux intégrer de nouveaux membres de votre équipe, à mieux gérer les projets de votre personnel ou à approuver les demandes de congés d’un employé, App Maker vous aide à construire une application pour cela en quelques jours au lieu de plusieurs mois», écrit-elle sur le blog de Google.

La firme de Mountain View a en fait adapté une plateforme utilisée par ses employés qui ont ainsi pu produire plus de 300 applications en interne.

Pour créer l’application adaptée à ses besoins, l’utilisateur dispose d’une interface simplifiée avec un stock de «templates» dans lequel piocher et un système de glisser/déposer. Il peut y intégrer Google Maps, Hang Outs et les autres services de G Suite. Plus besoin de faire appel à un développeur, d’apprendre à coder soi-même ou d’étudier les subtilités de JavaScript.

Google a laissé certains de ses clients, l’administration de l’Etat du Wyoming notamment, essayer App Maker en avant-première. Si l’on en croit les quelques témoignages de la vidéo qui accompagne le texte de présentation de Murphy, le gain de temps et donc d’argent est significatif. Y compris pour des développeurs chevronnés qui peuvent se concentrer sur d’autres tâches.

Un marché très actif

Le stockage et la sécurisation des données passent eux aussi par l’infrastructure de G Suite. App Maker a ses limites. Le niveau de sophistication ne permettra pas de développer le nouvel Uber. Ce n’est de toute façon pas l’ambition. App Maker vise le B2E (business to employee) et l’amélioration de la collaboration au sein de l’entreprise.

Mais Google n’est pas le premier sur ce marché. Il suivrait plutôt la meute. Microsoft a lancé une offre équivalente l’an dernier, Power Apps. Le Visual Code d’Oracle a été annoncé en septembre. Salesforce générerait plus de 600 millions de dollars par an grâce à sa plateforme AppCloud.

De nombreuses start-up spécialisées dans le «low code» (sans code), comme Appian, QuickBase, Mendix ou Capriza qui vient de lever 23 millions de dollars, ont également leur mot à dire.

«C’est un marché très actif en ce moment», explique Jeffrey Hammond du cabinet d’études marketing Forrester qui a publié un rapport sur le secteur en avril. «La demande est élevée pour des applications qui ne sont finalement pas créées, par manque de main-d’œuvre qualifiée et de budget. Beaucoup de ces demandes relèvent de l’opérationnel et du B2E. C’est ce fossé que les outils low code essaient de combler».

Se rendre incontournable auprès des entreprises

Hammond a déjà recensé 25 entreprises développant ce type d’outils dans le seul secteur du mobile. «Je m’attends à une consolidation dans les prochaines années mais pour le moment, il s’agit toujours d’un marché en pleine expansion.»

Le lancement d’App Maker s’ancre dans une stratégie plus globale. Google, qui a généré 75 milliards de dollars de revenus en 2015, veut se rendre incontournable dans le secteur du service aux entreprises.

Symboliquement, cette ambition s’est traduite par le changement de nom de Google Apps for Work. La plateforme utilisée par 5 millions d’organisations selon Google a été rebaptisée G Suite en septembre.

Quelques jours plus tôt, le géant de la Silicon Valley avait aussi annoncé le rachat d’Apigee pour 625 millions de dollars. Parmi ses activités, cette firme basée à Santa Clara assiste les entreprises extérieures à l’univers de la tech à créer leurs propres applications.