Environ 300000 appareils précommandés, des critiques positives sur les sites web spécialisés, des files d'attente, dès l'aube, devant certains magasins: mercredi, Google a réussi le lancement aux Etats-Unis de son premier téléphone. La firme a réalisé le système d'exploitation (Android) et le taïwanais HTC a conçu l'appareil (baptisé G1).

Le G1 a l'avantage de combiner un clavier physique avec un écran tactile. Pour le reste, l'appareil est très proche de l'iPhone d'Apple: un GPS, un accès direct à YouTube, un autre vers un magasin de musique et un magasin d'applications. Alors qu'Apple prend une commission de 30% sur les applications vendues, que Research in Motion (RIM, fabricant du Blackberry) exigera 20% dès l'ouverture de son magasin en ligne en mars 2009, Google ne demande rien.

«Notre objectif est de diffuser au maximum Android pour augmenter le nombre d'internautes mobiles, pour qu'ils utilisent nos services et en fin de compte voient nos publicités», explique Anthony House, responsable de la communication pour Android. Il reconnaît que les services disponibles via Android et l'iPhone sont comparables. «Mais à terme, ce qui fera la différence, c'est l'ouverture d'Android à tous les développeurs», affirme-t-il. A l'inverse d'Apple qui contrôle toutes les applications vendues, Google sera beaucoup plus souple.

Pression sur les prix

Après HTC, Motorola et LG doivent lancer des téléphones intégrant Android - mais ni Nokia, ni Sony Ericsson, qui voient d'un mauvais œil que Google ait du pouvoir dans un portable. De son côté, Samsung, qui soutient Android, tente aussi sa chance en solo via le modèle Omnia.

En face, Apple vend extrêmement bien son iPhone: 6,9 millions de modèles écoulés lors du troisième trimestre (contre 6,1 millions de Blackberry), environ un milliard de dollars de profit uniquement avec ce téléphone, et le luxe de passer au troisième rang mondial des fabricants de téléphones en termes de chiffre d'affaires lors de ce trimestre. Avec 4,6 milliards, Apple est derrière Nokia (12,7 milliards) et Samsung (5,9), mais devant Sony Ericsson (4,2), LG (3,4), Motorola (3,2) et RIM (2,1).

Ce dernier subit ainsi une grosse claque. Il a récemment été contraint de doubler tant ses dépenses en marketing qu'en recherche pour accélérer le lancement de nouveaux Blackberry. Le modèle Bold, en vente aux Etats-Unis dans trois semaines, aura ainsi un écran tactile.

Les appareils ont de plus en plus de fonctions, mais le prix le plus bas de l'iPhone (199 dollars) et du G1 (179 dollars) impose un nouveau plafond. Du coup, la marge de RIM est en train de chuter. «Il est difficile de transférer tous ces coûts vers le consommateur», s'est justifié le directeur de RIM, cité par Bloomberg.

Le Blackberry aura d'autant plus de peine à rivaliser avec l'iPhone que déjà 40% de ses utilisateurs sont des particuliers, et non des professionnels. Le saut vers des appareils de loisirs est déjà fait. Tandis qu'Apple a encore le potentiel de séduire le monde de l'entreprise.

Enfin, Microsoft, qui a réussi à intégrer Windows Mobile dans de nombreux portables, risque de perdre des plumes. La prochaine version, véritablement conçue pour des téléphones, n'est désormais plus attendue avant... 2010.