Google explique sobrement dans son blog (qui devient décidément le moyen de communication des sociétés high tech) qu’il s’aligne sur les utilisateurs professionnels de Gmail (GSuite) et les écoles qui l’utilisent dans le cadre de son programme Google App for Education. Dans le premier cas, on peut le comprendre : ces utilisateurs professionnels paient pour un service, et non pour recevoir en sus de la publicité. Il ne fait aucun doute que le fait de savoir que ses emails professionnels sont lus en refroidirait plus d’un. Quant à Google App for Education, il est offert à 30 millions d’étudiants et d’enseignants, autant de futurs clients captifs pour l’âge adulte. Il comprend Gmail, Google Docs, Google Calendar et du Cloud.

Action collective

Google se garde de rappeler qu’il a eu quelques plaintes à son actif à ce sujet, dès 2014. L’une d’entre elles ne pourra plus être réglée à l’amiable. Elle s’est muée en «action collective» à la suite d’une décision d’un juge américain. Cette plainte datant de 2016 provient subtilement non pas des utilisateurs de Gmail, pour lesquels on pourrait toujours dire qu’à force de cliquer sur les avertissements de Google, un consentement a été donné à ce scan mais de leurs correspondants. Ces derniers n’utilisent pas (forcément) Gmail. Ils n’ont donc pas donné leur consentement à l’examen de leur mails par un tiers, en l’occurence Google. A ce sujet, Microsoft n’avait pas manqué de mettre en avant qu’il ne se permettrait jamais de lire les emails des clients de son service «outlook.com» avec sa campagne «Scroogled» des mois durant.

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La ligne de défense de Google a consisté à convaincre le juge que scanner les emails faisait partie de l’ordre de chose : on le fait bien pour écarter les spams, indexer, filtrer ou détecter les virus. On l’attend même de son fournisseur. Alors pourquoi en faire un plat pour un simple scan à des fins publicitaires ? Sauf que le juge a remarqué que Google a arrêté de scanner les emails de certains catégories d’utilisateurs (Google App for Education), pour la pub du moins et ne l’a jamais fait pour d’autres (GSuite). Ce n’est donc peut-être pas ce qu’on attend d’office de Google.

A noter que Google continuera à scanner vos emails pour vous permettre d’utiliser son nouveau service de réponse automatisée circonstanciée (Smart Reply gmail).

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A la décharge de Google, ses utilisateurs ont toujours eu la latitude régler très finement ce qu’il veut bien lui confier comme données, y compris la pub ciblée (https://www.google.com/settings/u/0/ads/authenticated).

Discussion de la directive ePrivacy 

Plus amusant, cette marché arrière de Google intervient au moment où la nouvelle directive européenne ePrivacy est en discussion à Bruxelles. Elle ouvre des possibilités nouvelles pour les opérateurs télécoms et les mettra sur pied d’égalité avec Google notamment à ce sujet. Auparavant, on considérait les données de communications si sensibles qu’un opérateur télécom ne pouvait quasiment rien en faire, à peine un peu de marketing ciblé. Google et d’autres acteurs Internet (OTT), qui ne sont pas opérateurs, avaient jusqu’à présent les coudées franches pour les données de leurs utilisateurs. Et elles sont fort proches de celles des opérateurs télécoms. Le nouveau code de communication électronique européen y mettra de l’ordre. Les applications offertes par les acteurs Internet vont devenir des services de communications électroniques et ils tomberont comme ceux des opérateurs télécoms sous le coup de la directive ePrivacy. Fini de profiter d’une législation moins contraignante «non télécom».

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En fait, l’Europe serre la vis aux OTT comme Google et la desserre pour les opérateurs. Tout ce petit monde est mis sur pied d’égalité. Mais une fois le consentement de l’utilisateur acquis un usage plus large que le consentement initial est possible. Et il s’agit aussi du contenu des communications.

La controverse, à propos de cette nouvelle directive ePrivacy, peut venir de l’obligation faite à tous les logiciels qui permettent de communiquer sur Internet de proposer le réglage une fois pour toutes des paramètres de confidentialité. C’est une bonne idée qui évite de dire oui à chaque site qui vous donne le choix d’accepter ou non les cookies. Appliqué au navigateur, c’est la généralisation du «do not track» qu’un site tiers pouvait ou non prendre en considération. Cette disposition fâche les sites media et les groupes de presse : pourquoi donner encore plus de pouvoir à Google qui en fait voir de toutes les couleurs. Pourquoi conforter Facebook qui se sert des médias dans on fil d’information avec un consentement sous son contrôle qui le confortera.


Pour en savoir plus :

blog de Google : https://www.blog.google/products/gmail/g-suite-gains-traction-in-the-enterprise-g-suites-gmail-and-consumer-gmail-to-more-closely-align/

Jugement sur Google App for Education : https://www.scribd.com/document/171461409/Google-Gmail-Litigatio

Jugement relatif à la plainte des usagers tiers du service email : https://arstechnica.com/wp-content/uploads/2016/08/gmail.order_.pdf