Enquête

Google offre une branche d’olivier à l’UE

Le géant technologique américain est accusé d’abus de position dominante. Des amendes par milliards sont en jeu. Son patron Sundar Pichai a rencontré la commissaire Margrethe Vestager, chargée de la Concurrence

Sundar Pichai, 43 ans et patron de Google depuis août 2015, n’est pas venu les mains vides mercredi à Bruxelles. Il a offert une branche d’olivier à la commissaire Margrethe Vestager en charge du puissant portefeuille de la Concurrence. Plusieurs enquêtes contre le géant technologique américain pour abus de position dominante sont en cours. Selon divers experts qui se sont exprimés sur le sujet, en cas de condamnation, les amendes pourraient monter à plusieurs milliards d’euros. En réalité, cette tournée européenne consiste à faire la paix non seulement avec la Commission, mais aussi avec plusieurs capitales, notamment Paris et Londres qui l’accusent d’évasion fiscale.

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Né en Inde et de caractère plutôt affable, Sundar Pitchai est arrivé à Bruxelles dans un autre état d’esprit que ses prédécesseurs Larry Page et Eric Schmidt qui eux étaient engagés un conflit ouvert avec la Commission. Il y a une année, ce dernier avait rencontré Margrethe Vestager et adopté une posture bien offensive. Nullement impressionnée, elle a précisé ses accusations six semaines plus tard. Notamment, son moteur de recherche privilégie ses propres produits de comparaison de prix dans ses pages par rapport aux concurrents. Le groupe abuse de sa position dominante en matière de son système d’exploitation de téléphone mobile, Android. Ce logiciel est installé sur plus de 80% des smartphones dans le monde.

Le patron de Google n’est toutefois pas un inconnu à Bruxelles. En 2009, il avait aidé la Commission pour prouver la culpabilité de Microsoft pour abus de position dominante. Le groupe américain occupait alors le marché avec son système d’exploitation Internet Explorer et jouissait d’un avantage indu par rapport à ses concurrents.

Peu d’information a filtré sur les discussions entre Margrethe Vestager et son hôte de la Silicon Valley. «C’était une première rencontre et plusieurs sujets ont été abordés», a déclaré un porte-parole de la Commission dans une réponse laconique. Mais selon certaines sources, Sundar Pichai a réaffirmé son intention d’éviter d’entrer dans une longue guerre larvée. Pour sa part, la cheffe de la concurrence européenne lui aurait informé de sa disponibilité pour chercher une solution avec les différentes autorités fiscales en Europe. Le mois dernier, elle avait laissé entendre que la société technologique américaine bénéficierait aussi des rescrits fiscaux dans certains États en Europe et qu’une enquête pourrait s’avérer nécessaire.

Le patron de Google a eu une autre rencontre mercredi matin, qui n’est pas passée inaperçue. Durant plus d’une heure, il s’est entretenu avec Martin Selmayr, le puissant chef de cabinet du président de la Commission Jean-Claude Juncker. La teneur de la conversation n’a pas été non plus dévoilée. «Mais il ne peut qu’être question de règlement politique du conflit avec Google, affirme un connaisseur du dossier. La Commission y a aussi intérêt dans la mesure où il ne lui sera pas évident de prouver la culpabilité de Google.»

De toutes les façons, la Commission Juncker ne cherche pas à développer des relations conflictuelles avec les entreprises. Au contraire. Elle estime que ces dernières ont un rôle à jouer dans le plan d’investissements de la Commission. A ce sujet, Sundar Pichai a aussi rencontré mercredi le commissaire Gunther Oettinger en charge du Numérique. Une première rencontre avait eu lieu en octobre dernier en Californie. Il est question du rôle que Google pourrait jouer dans la mise en œuvre du Marché unique numérique, ce qui est un projet cher à Jean-Claude Juncker.

 

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