Souvenez-vous. C’était en 2004. Gmail, le service de messagerie électronique de Google, entrouvrait ses portes. Ce n’était qu’une simple version bêta, accessible uniquement sur invitation. Mais quelle joie d’en recevoir une: enfin, un webmail proposait un espace conséquent pour l’époque (1 gigaoctet), ce qui permettait d’oublier les insupportables sessions de nettoyage de boîte mail pleine. L’interface claire et intuitive, les temps de chargement instantanés. C’était innovant. C’était il y a quatorze ans.

Bon nombre de fournisseurs mail ont depuis disparu de la circulation (Caramail, Lycos…) et ceux qui sont restés sur le marché suscitent des sourires gênés rien qu’à leur évocation. Qu’a fait Google de sérieux en la matière depuis cette révolution? Malheureusement pas grand-chose.

Rien de neuf

Gmail est resté en bêta pendant deux longues années, avant de se lancer officiellement sans grand changement spectaculaire. Gtalk, le petit module permettant de discuter avec ses contacts Gmail, s’est métamorphosé en Hangouts, aux fonctions quasi identiques, en 2013.

Entre-temps, l’entreprise n’a rien trouvé de neuf. Pourtant, les SMS vieillots sont de moins en moins populaires, supplantés par des messages enrichis et supportés par des applis telles que WhatsApp ou iMessage. Google n’a rien vu venir. Il a certes récemment publié Allo, une excellente application similaire, de surcroît dopée avec son assistant basé sur l’intelligence artificielle. Mais il ne la pousse pas, comme si elle était devenue gênante à peine sortie. Même sur son dernier smartphone, le Pixel 2, Allo n’est pas installée par défaut. C’est dire…

Evolution des SMS

Pire, le géant californien semble occupé à imposer un nouveau standard de messages multimédias pour… les SMS. Il intègre en effet depuis quelque temps un standard nommé RCS (pour Rich Communication Services), qui permet une évolution notable des SMS. Les messages RCS peuvent dépasser les 160 caractères, contenir des photos de haute résolution, les conversations de groupe deviennent possibles, etc.

Pour les entreprises, les SMS RCS deviennent compatibles avec l’envoi de documents tels que des cartes d’embarquement en avion ou des suivis d’expédition de colis, par exemple. Avec cette norme, proposée sur une plateforme Google nommée Jibe, le géant de Mountain View espère doter son système Android d’une messagerie enrichie native, comme celle dont bénéficient les utilisateurs d’iPhone avec iMessage.

On peut toutefois douter de cette stratégie. Déjà parce que la compatibilité RCS ne consiste pas qu’en une simple mise à jour d’Android Messages, l’application de SMS présente par défaut dans le système. Non, pour la rendre disponible, il faut non seulement que les opérateurs de téléphonie mobile l’intègrent dans leurs services, de même que les constructeurs de smartphones. Au récent Mobile World Congress de Barcelone en février, Google a annoncé avoir convaincu une quarantaine d’entre eux. Le déploiement risque dans ces conditions de prendre beaucoup de temps.

Frustration

Mais ce qui inquiète peut-être le plus, c’est qu’au lieu d’inventer, Google parie sur une évolution, certes bienvenue, d’une gloire du passé. Ses nouveautés en termes de messagerie, produits de piètre finition ou peu mis en avant, suscitent plus de frustration et d’incompréhension que de confort d’utilisation.

Conséquence concrète pour tout un chacun, les smartphones, notamment ceux sous Android, possèdent aujourd’hui un nombre improbable d’applications de messagerie. Brian Chen, journaliste au New York Times, remarquait récemment que la plupart des gens possèdent désormais plus d’applications de messagerie que d’amis proches. Faites le test, vous êtes sans doute dans le même cas.

Vers une application unique?

C’est dans cette situation quelque peu ubuesque que l’on compte sur Google pour innover et proposer une application unique. Allo en a le potentiel, mais Google ne semble pas convaincu. Les SMS compatibles RCS aussi, mais leur déploiement sera fastidieux. Et s’il fallait trouver autre chose? Comme avec Gmail en son temps, il est temps pour Google de révolutionner notre manière de communiquer.