L'action prodige de Google traverse une période de faiblesse. Après son plongeon de 14% de mercredi à vendredi, à 399,5 dollars, les investisseurs s'interrogent: le titre du moteur de recherche numéro un reprendra-t-il son ascension fulgurante? Ou va-t-il corriger pour de bon face à d'importants risques légaux et à un marché de plus en plus concurrentiel? Les analystes ont choisi leur camp: seuls deux d'entre eux mettent Google à la vente, tandis que 30 le conseillent à l'achat.

Ce sont d'abord les résultats décevants de sa rivale Yahoo! le 17 janvier qui ont pénalisé Google, mais aussi les craintes d'un ralentissement de la recherche Internet au mois de décembre. S'y ajoutent les inquiétudes quant à la surévaluation de l'action Google, dont la valeur a plus que doublé l'an dernier. «Le groupe a connu une phase d'hypercroissance en 2004 et 2005, écrit Phil Remek de Guzman & Co, qui conseille le titre à la vente, et je doute qu'il puisse maintenir une croissance annuelle de 40% à 50% face au net durcissement de la concurrence.» Standard & Poor's a également mis le titre à la vente le 18 janvier. Avant la correction, l'action s'était envolée de 14% cette année pour atteindre son sommet de 471,63 dollars le 11 janvier. Les analystes avaient une fois de plus relevé leurs objectifs à 500, voire 600 dollars. Mark Stahlman, de Caris & Co, a même voulu rester dans l'histoire comme celui qui a prédit que Google vaudrait... 2000 dollars.

Mais surtout, le titre est sous pression en raison d'un duel qui oppose Google au Département de justice américain, qui a envoyé une sommation à l'entreprise californienne mercredi. Google refuse de fournir des informations sur les recherches menées par les internautes, que les autorités exigent pour lutter contre la pornographie sur Internet. L'administration américaine veut obtenir l'équivalent d'une semaine de recherches et une liste aléatoire de un million d'adresses URL de la base de données de Google, qui s'y oppose «vigoureusement» en vertu de la protection des données. Ses rivales Yahoo!, Microsoft et America Online ont coopéré avec la justice.

Cette position de Google lui vaut les éloges de la communauté financière. Les analystes de PiperJaffray et de CIBC World Markets estiment que la défense de la sphère privée vaudra à Google un surcroît de popularité et de loyauté de ses clients. De telles requêtes des autorités risquent en effet de réduire l'utilisation d'un moteur de recherche, les consommateurs craignant d'y laisser trop d'informations personnelles accessibles au gouvernement; et une baisse d'audience menacerait les ventes de publicité qui font vivre le moteur de recherche.

Lundi, la majorité des analystes ont conclu à une chute exagérée de l'action. Une avalanche d'études signalait une opportunité d'achat. A l'exemple de PiperJaffray, qui prévoit le cours à 600 dollars: «Google continue de gagner des parts de marché, sa marque se renforce chaque trimestre, et son offre publicitaire s'étend rapidement à divers formats hors de la recherche.» JP Morgan se dit confiant pour les résultats du 4e trimestre, publiés le 31 janvier prochain, et table sur un chiffre d'affaires de 1,351 milliard de dollars, en hausse de 29% par rapport au 3e trimestre. Pour Lehman Brothers et CIBC World Markets, le conflit avec la justice est un «non-événement»; la première place l'objectif à 450 et la seconde à 540 dollars. Lundi, l'action Google regagnait déjà 5,8% à mi-séance, à 422,8 dollars.