Google a publié jeudi un bénéfice supérieur aux attentes pour les trois premiers mois de l’année, à 1,42 milliard de dollars, mais a reconnu que, pour la première fois de son histoire, son chiffre d’affaires avait reculé d’un trimestre sur l’autre. Le bénéfice du groupe californien est en hausse de plus de 9% en un an et marque plus qu’un triplement par rapport aux trois derniers mois de 2008, qui avaient été affectés par d’importantes dépréciations d’actifs.

Ces résultats marquent cependant un changement d’époque pour le groupe californien qui, pour la première fois, accuse une baisse de son chiffre d’affaires par rapport au trimestre précédent, après plusieurs années de croissance exponentielle. A 5,51 milliards de dollars, ses recettes, qui à 98% sont de nature publicitaire, ont progressé de 6% en un an, mais ont accusé un recul de 3% par rapport au dernier trimestre de 2008.

Le directeur financier Patrick Pichette, sans fournir de prévision, a lancé une mise en garde sur la «saisonnalité» traditionnelle des activités de Google, semblant préparer le terrain à une activité encore décevante pour le trimestre en cours. Entre janvier et mars, «Google a eu un bon trimestre vu la profondeur de la récession», a estimé le PDG Eric Schmidt, en relevant la «solide croissance des recherches» effectuées par les internautes sur le site du groupe.

«Ces résultats reflètent la fois la résistance de notre modèle d’entreprise et le potentiel du web, au fur et à mesure que les utilisateurs et les annonceurs passent en ligne», a ajouté M. Schmidt, en relevant le comportement «entièrement rationnel» des internautes, qui dépensent moins, et des annonceurs, qui cherchent à baisser leurs tarifs.

Les deux tiers des recettes proviennent des sites appartenant à Google, qui ont généré des revenus de 3,70 milliards de dollars (+9% en un an, -3% par rapport à la période octobre-décembre). Les sites partenaires ont généré 30% du total, en recul de 3% à la fois sur un an et sur un trimestre.

Par ailleurs, Google a annoncé qu’il était en train de tester de nouvelles formes de publicité sur son site de diffusion de vidéo YouTube et chez d’autres sites partenaires. Les annonces seraient ciblées non plus en fonction des recherches que fait l’internaute, mais en fonction des sites qu’il visite et de ses centres d’intérêt.

Le groupe a également annoncé de nouveaux accords entre YouTube et différents studios et chaînes de télévision – Sony, CSB et MGM, Lionsgate, BBC – pour la diffusion de leur contenu. A terme, YouTube pourrait proposer des espaces de diffusion distincts pour le contenu professionnel, et donnerait la maîtrise de la publicité aux studios qui le produirait. YouTube, qui appartient à Google depuis 2006, vient de signer un accord avec Universal pour le lancement d’un site de diffusion de clips musicaux.

Des rumeurs font aussi état d’un possible de rachat de Twitter par Google. Lors de la présentation de ses résultats trimestriels, Eric Schmidt a évoqué le site de micro-blogging, qui à se jour ne parvient pas à générer de revenus alors qu’il compte plus de 6 millions d’usagers et que ce chiffre est en croissance exponentielle. Sans parler spécifiquement de Twitter, a dit Eric Schmidt, ce genre de site présente la possibilité de canaliser les données sur les utilisateurs et d’y accrocher de la publicité. «Je ne connais personnellement pas leur stratégie, mais ça me semble logique de procéder de cette manière», a-t-il dit, ajoutant que Google serait très heureux de s’associer à Twitter ou un autre site similaire, pour réaliser cette stratégie.

A l’occasion de ce point de situation trimestriel, le groupe a également annoncé que son directeur des ventes Omid Kordestani, le «fondateur du business Google», deviendrait simplement «conseiller» du triumvirat à la tête du groupe, composé de M. Schmidt et des fondateurs Larry Page et Sergey Brin. Il est remplacé par Nikesh Arora, jusqu’alors patron des activités internationales.

Le groupe, qui a annoncé récemment la suppression de 200 emplois dans les ventes et le marketing, a précisé qu’il «continuait à embaucher, mais seulement dans les domaines essentiels», et qu’il avait revu à la baisse les primes versées à ses employés en 2009. Les effectifs ont déjà été réduits de 58 postes, à 20’164 employés.