Une amende de 7,5 milliards de dollars, soit 7,2 milliards de francs. L’amende maximale que risque Google, via sa holding Alphabet, est sans comparaison avec les 78 milliards de réserves en cash que possède la multinationale. Il n’empêche, la nouvelle enquête annoncée mercredi par la Commission européenne pourrait avoir des conséquences concrètes sur les pratiques de Google. Bruxelles lui reproche d’imposer aux fabricants de smartphones tournant sous son système Android l’implantation de ses propres services. Et ce au détriment de concurrents qui ne parviendraient du coup pas à exister dans les centaines de millions de téléphones équipés du système de Google.

Si Margrethe Vestager, commissaire européenne chargée de la concurrence, s’intéresse autant à Android, c’est d’abord à cause de sa domination. Le système d’exploitation équipe 82% des nouveaux smartphones mis en circulation dans le monde, soit un total de 1,16 milliard d’appareils pour 2015. En Suisse, la domination d’Android est moins marquée, sa part de marché étant estimée entre 40 et 50%.

Incitations financières

La commissaire affirme que «Google prive les consommateurs d’un choix plus large d’applications et de services mobiles et que l’entreprise freine l’innovation émanant des autres acteurs». Si Margrethe Vestager adopte ensuite un ton plus conciliant («Google a désormais la possibilité de dissiper les craintes de la Commission»), la liste des reproches est claire: la multinationale impose à des fabricants de smartphones de «pré-installer Google Search et le navigateur Chrome de Google et de faire de Google Search le service de recherche par défaut». La société est aussi accusée d’accorder des «incitations financières aux fabricants et aux opérateurs de réseaux mobiles à la condition qu’ils pré-installent en exclusivité Google Search sur leurs appareils». En clair, des abus manifestes de position dominante.

Le groupe a immédiatement répliqué: «Android est bon tant pour la concurrence que pour les consommateurs» a affirmé Kent Walker, l’avocat du groupe. Sur le blog officiel de la société, il s’est montré plus précis. Selon lui, les fabricants de smartphones peuvent choisir quel pack d’applications de Google ils veulent installer. La société rappelle que Samsung, LG ou Huawei peuvent aussi pré-installer Facebook ou Spotify. Kent Walker ajoute: «Bien sûr, Android est gratuit pour les fabricants, mais il est coûteux à développer, améliorer et sécuriser. Nous fournissons Android gratuitement et finançons ses coûts via l’argent gagné à travers les applications et services que nous distribuons avec Android».

Un milliard pour Apple

L’enjeu, pour Margrethe Vestager, sera de reprendre point par point ces arguments et les confronter aux résultats des investigations de ses services. Une chose est certaine: il est capital, pour Google, que les utilisateurs d’Android utilisent un maximum de ses applications maison. Pour mémoire, l’on apprenait récemment que Google avait payé un milliard de dollars à Apple, en 2014, pour être le moteur de recherche par défaut sans ses iPhones et ses iPads. En une année, Google gagne, selon des estimations, environ 11 milliards de dollars via des publicités liées à ses téléphones Android.

A la suite de cette «communication de griefs» de la part de Bruxelles, Google a désormais douze semaines pour répondre à la Commission européenne. A noter que c’est le deuxième «acte d’accusation» que Margrethe Vestager envoie à Google en une année. En avril 2015, Bruxelles avait adressé une «communication des griefs» à la société pour abus de position dominante dans la recherche sur internet.


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