«Sudafed Severe Cold Oral contient l'ingrédient Pseudoephedrine, aussi présent dans le Genecof-XP Oral. Cette personne obtient cet ingrédient de deux sources. Vous devriez vérifier avec un docteur si c'est OK.»

Nous voici sur la page «Health» («Santé») de Google, lancée lundi aux Etats-Unis, et accessible en Suisse en anglais. La firme propose aux internautes de stocker leurs données médicales, gratuitement. Des tests avaient été réalisés auprès de 1600 patients de la Cleveland Clinic (Ohio).

On enregistre ses données personnelles (date de naissance, poids, etc.), puis ses maladies, ses allergies, les traitements passés et actuels, et bien sûr les médicaments que l'on prend. Google, en se basant sur plusieurs bases de données médicales, lance une alerte en cas de contre-indication. On peut trouver un spécialiste dans sa région (pour l'heure, chercher un endroit pour une transfusion de sang à Lausanne renvoie vers... Médecins sans frontières).

Google Health permet d'importer dans son profil les données de plusieurs partenaires, tel la chaîne de pharmacies Walgreens ou la Cleveland Clinic. Via des mots de passe, le patient demande que son dossier situé dans un hôpital ou une pharmacie soit copié dans son profil Google.

La firme assure qu'aucun affichage de publicité n'est prévu, et que personne d'autre que l'internaute n'aura accès à ses données.

Google n'a pas encore parlé de l'expansion de «Health» dans d'autres pays. Mais pourquoi pas en Suisse? «Ce service est intéressant tant que la protection des données est garantie, estime Jacques de Haller, président de la Fédération des médecins suisses. Je trouve très bien de responsabiliser les patients en leur proposant de gérer leurs données. Lorsque j'avais un cabinet, certains m'amenaient déjà des graphiques avec leur tension artérielle prise tous les jours.»

Souci de fiabilité

«Un système centralisé volontaire permettrait de faire circuler efficacement les informations importantes sur le patient», poursuit Jacques de Haller. A condition, bien sûr, d'avoir accès à son mot de passe en cas d'urgence.

Marc-André Raetzo, responsable d'un réseau de santé, est plus réservé: «Je ne suis pas certain que la majorité des patients soit capable de mettre à jour ainsi son dossier. Or il faut une très haute fiabilité dans ce domaine».

Des initiatives similaires à celle de Google voient déjà le jour. Ainsi, 350 pharmacies mettent déjà à disposition gratuitement de leurs clients leur dossier via le réseau Abilis, géré par Ofac, la coopérative de facturation des pharmaciens suisses. «Google n'invente rien, les pharmaciens offrent déjà un tel service, mais les patients ne peuvent pas modifier les données, explique Mario Magada, responsable marketing chez Ofac. Certains noms de médicaments se ressemblent: je trouve risqué de laisser le patient enregistrer lui-même ce qu'il prend.»

La carte de santé, qui entrera en vigueur vers 2015 en Suisse, devrait permettre aux pharmaciens et aux médecins d'accéder aux données du patient. Celui-ci pourrait aussi les consulter, mais on ne sait pas encore sous quelle forme. «Ce sera en tout cas un système contraignant et mal fait, obligatoire pour les médecins, regrette Jacques de Haller. Mais je vois mal un acteur privé tel Google s'immiscer dans ce débat. C'est la Confédération qui aura le dernier mot.»