C'est un ministre des Finances britanniques optimiste qui a présenté hier aux Communes son dernier budget avant les élections annoncées en mai. Le matin même, les derniers chiffres du chômage avaient une fois de plus gonflé d'orgueil celui qui a la paternité du taux de chômage le plus bas depuis trente ans, avec seulement 2,6% de la population active sans emploi en février.

Certes, ces chiffres sont certainement sous-évalués et, ramenés aux normes du Bureau international du travail, remontent plutôt à 4,7%. En outre, les statistiques du gouvernement Blair ne prennent pas en compte la précarité qui grève le marché du travail britannique, où temps partiels et «working poors» viennent assombrir le tableau idyllique du plein emploi «made in Britain» que Gordon Brown se fait fort de dresser, après deux législatures travaillistes et huit ans au pouvoir pour le tandem Blair-Brown. Il n'empêche: l'économie britannique va bien et le ministre des Finances, qui lutte aussi pour son autorité dans son propre camp, n'entendait pas se priver d'un autosatisfecit si opportun électoralement.

Il s'est montré plus à l'aise, comme à son habitude, pour capitaliser sur son succès économique que pour se lancer dans la surenchère pré-électorale. Mais conscient que l'argument des Tories, qui dénoncent un fardeau fiscal, commence à faire mouche dans l'opinion, il a toutefois annoncé le gel des taxes sur l'essence d'ici à septembre et rehaussé le plafond du «stamp duty», taxe sur l'accès à la propriété, et promis une réduction fiscale pour les ménages ayant des enfants. Un geste ouvertement destiné à «ces familles de Grande-Bretagne qui travaillent dur», dont le chancelier fait depuis quelque temps l'apologie.

Optimisme forcené

Gordon Brown a surtout cherché à rassurer en maintenant ses prévisions de croissance, de l'ordre de 3 à 3,5% en 2005, et entre 2,5 et 3% en 2006. Un optimisme à tous crins qui tranche pourtant avec la prudence des économistes qui estiment que le taux de croissance ne devrait pas dépasser 2,5% cette année. Mais pas de quoi déstabiliser le Labour, qui fait campagne en brocardant les années de «récession» tories. «La Grande-Bretagne vit la plus longue période de croissance continue depuis que cette statistique a été créée en 1701», a au contraire martelé Gordon Brown. Autre bonus: l'inflation, qui devrait se situer à hauteur de 1,75% en 2005 et 2% à compter de 2006 – c'est-à-dire l'objectif de la Banque d'Angleterre – et les déficits publics, qui devraient reculer à 2,6% du PIB en 2005-2006 (contre 2,7% à ce jour).

Plus flatteur encore: pour couper l'herbe sous les pieds des Tories qui dénoncent depuis mi-2004 un trou de 11 milliards dans les caisses de l'Etat, Gordon Brown a soutenu hier que l'année 2004-2005 s'achevait sur un surplus de 6 milliards de livres.