Gordon Brown, ministre des Finances en poste depuis l'avènement des travaillistes en 1997, a fait du «rapport pré-budgétaire» un rendez-vous annuel. Chaque automne, le patron du Trésor britannique vient défendre sa copie devant la Chambre des communes, à mi-parcours de l'exercice fiscal. Il n'a pas dérogé au rituel cette année et, comme les précédentes, a mis à profit le discours prononcé hier devant les députés pour valoriser son bilan, soulignant que l'économie britannique aura atteint cette année 2004-2005 l'objectif de croissance à 3,25% qu'il avait fixé.

Congé maternité de 9 mois

Avec les prochaines élections générales prévues au printemps prochain, la mouture de cette année se voulait assurément plus politique. A coups de priorités budgétaires, Gordon Brown a ainsi dessiné à grands traits le contenu du futur programme électoral du Labour pour cette échéance.

Gordon Brown a occupé le terrain sur des dossiers très attendus, comme la lutte contre la pauvreté, l'investissement dans le secteur des sciences (2,5 milliards de livres, soit 5,56 milliards de francs suisses annoncés jeudi), et surtout la politique familiale. Il s'est targué d'instaurer outre-Manche «l'Etat providence le plus généreux de toute l'histoire de ce pays», martelant que «c'est à sa politique envers les enfants et les personnes âgées que l'on reconnaît la générosité d'une société». Il s'est par exemple engagé, si le Labour remporte la prochaine élection, à allonger le congé maternité de 6 mois actuellement (contre 3 avant 1997) à 9 mois. Ou encore à étoffer l'allocation maternité, dont les pères pourront désormais bénéficier. Il s'est également engagé à garantir une meilleure flexibilité au travail pour que les parents assument leurs responsabilités – «une condition nécessaire à la prospérité future de ce pays» – et à élargir les aides à la garde d'enfants pour les mères qui souhaitent retravailler, dans un pays où l'on manque de main-d'œuvre féminine. Au chapitre fiscal, il a promis de geler les taxes sur l'essence.

Mais le chancelier de l'Echiquier s'est bien gardé de multiplier les promesses électorales, subissant déjà la pression de l'opposition, qui l'accuse d'avoir creusé «un trou noir» dans les finances publiques. Gordon Brown bute en outre sur la règle d'or qu'il s'est imposée lui-même: ne pas emprunter au sein d'un même cycle économique pour financer les dépenses courantes, mais seulement l'investissement. Or cette exigence est devenue difficile à remplir, alors que les rentrées fiscales n'augmentent pas aussi vite que les dépenses publiques.

Compte tenu du contexte pré-électoral, il n'était pas question pour le gouvernement d'annoncer jeudi un ralentissement des dépenses, encore moins une hausse d'impôt, même si les analystes estiment qu'elle sera inexorable en cas de victoire travailliste. Gordon Brown a donc mis à profit son discours pour convaincre l'opinion qu'il sait tenir les finances du pays à l'équilibre, tablant sur un déficit public correspondant à 2,9% du PIB pour l'année fiscale 2004/05, 2,7% pour l'exercice 2005/06.

Sur le front de l'emploi, son bilan est positif avec à peine 4% de chômeurs, le plus bas taux de toute l'histoire britannique. Autre motif de satisfaction: les très bons résultats de l'industrie manufacturière annoncés en début de semaine.

Exportations onéreuses

Mais l'économie britannique demeure vulnérable en certains points. Elle est ainsi très dépendante des services, et donc fragile dans un contexte de délocalisations. En outre, la robustesse de sa livre sterling, qui traduit certes la confiance des marchés, peut aussi devenir son talon d'Achille: avec un billet vert très bas et une livre qui frise les deux dollars pour la première fois depuis douze ans, les exportations britanniques n'ont jamais été aussi onéreuses. En outre, l'activité a ralenti cet été avec une croissance à 0,4%, contre 0,8% au printemps. Mais le chancelier, qui a maintenu sa prévision de croissance entre 3 et 3,5% pour 2005, martelait hier que «la Grande-Bretagne va rallonger la plus longue période de croissance ininterrompue de son histoire industrielle». Un auto-satisfecit qui permet en outre au ministre des Finances de sortir de l'ombre de son grand rival côté travailliste, Tony Blair.