A Londres, tout le monde s’est rangé derrière les intérêts de la City lorsque Standard Chartered a été accusé d’avoir caché des transactions avec l’Iran. Il a suffi de quelques téléphones pour faire front commun face aux Etats-Unis, selon Peter Gomez, président de SIX Group. Selon lui, en Suisse, «c’est trop souvent la cacophonie. Zurich est très loin de Berne.» Le financier s’exprimait à l’occasion du premier Capital Market Forum organisé par la NZZ. Quelque 500 personnes, pour un prix de 1450 francs pour deux jours, ont convergé à la Maison des congrès lundi à Zurich.

Malgré ce manque d’unité, les participants sont relativement optimistes: 78% des participants pensent qu’aucune place européenne, pas même Londres, ne gagnera des parts de marché face à la Suisse. Cet état d’esprit «est conforme à nos attentes», a déclaré Patrick Odier, président de l’Association suisse des banquiers.

«Les opportunités à long terme sont nombreuses, des besoins de financement internationaux des entreprises aux matières premières, en passant par les monnaies et la gestion des données», a ajouté Urs Rohner, président de Credit Suisse.

La Suisse devra pourtant s’adapter aux réalités internationales. Les propos de Philipp Hildebrand, prévoyant que, dans cinq ou dix ans, le compte d’un client étranger d’une banque suisse sera annoncé immédiatement aux autorités fiscales de son pays, ont été critiqués. «C’est psychologiquement problématique», a commenté Gerold Bührer, ex-président d’economiesuisse. «La Suisse a collectivement décidé d’une solution, l’impôt libératoire. Il n’y a pas de plan B», a-t-il ajouté.

Constatant les limites de la stratégie de l’argent propre, une «task force» a été mise en place afin d’élaborer une véritable stratégie pour la place financière avec le Conseil fédéral, a révélé Peter Gomez: «Au départ, la table reposait sur deux piliers, la stabilité et l’intégrité. Afin de la rééquilibrer, nous en avons ajouté deux autres, la compétitivité et l’accès aux marchés. Le résultat devrait être présenté en octobre ou novembre.»

Cette stratégie ne doit pas tout réinventer, a tempéré Patrick Odier. D’une part, la Suisse occupe déjà une position de force dans d’innombrables métiers, selon le banquier. D’autre part, il faut distinguer entre les nécessités à court terme, à savoir l’argent non déclaré, et les opportunités à long terme.

Tous les orateurs placent le financement du commerce parmi les forces du pays. Mais sera-t-il menacé par de futures «pressions internationales»? Patrick Raaf­laub, directeur de la Finma, est d’un autre avis: «Le financement du commerce de matières premières n’est réglementé nulle part», a-t-il commenté. Patrick Odier refuse pour sa part de coller une image négative à ce métier: «Financer le commerce de ressources entre les pays est un service pour le bien du monde.»

La régulation, si elle est équilibrée, peut contribuer à la compétitivité du pays. Patrick Raaflaub vise des standards «prévisibles et internationalement acceptés». La priorité de la Finma porte sur les fonds propres des instituts, la liquidité et la gestion des risques, mais l’autorité veut éviter des coûts de régulation excessifs sur la gouvernance et la régulation des produits. Walter Kielholz, président de Swiss Re, a eu un discours à l’opposé, évoquant les «excès de la surveillance macroprudentielle» qui lui rappellent, dans la santé, les mesures liées à la grippe aviaire.

La régulation, si elle est équilibrée, peut fortement contribuer à la compétitivité du pays