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Le Gothard, un chantier exemplaire pour les assureurs

Le tunnel du Gothard aura été, pour les ingénieurs, un projet mammouth. Et pour les assureurs aussi. L’analyse de Harald Scheer

Le plus long tunnel ferroviaire du monde a été inauguré au Gothard le 1er juin dernier, dix-sept ans après le premier dynamitage. C’est le temps qu’il aura fallu aux mineurs et aux ingénieurs pour réaliser une œuvre exemplaire. Bientôt, des trains fonceront à 200 km/h à travers le massif montagneux.

Aux 57 kilomètres de tunnel du Gothard s’ajouteront, dès 2020, 15,4 autres kilomètres sous le Monte Ceneri. Et dès le début, le groupement d’assureurs formé par Nationale Suisse et Allianz Suisse a été impliqué, afin d’assurer les chantiers ultra-complexes du Gothard et du Monte Ceneri. Désormais fusionnée avec Helvetia, Nationale Suisse était responsable de la gestion du contrat d’assurance.

Multiples gageures

L’équipe «Gothard» d’Helvetia se compose d’une dizaine de personnes. Ces experts en assurance d’ouvrages d’art auront mis leur savoir-faire à disposition pendant toute la durée (vingt ans) qui sépare le premier coup de pioche de la mise en exploitation des tunnels. Car un chantier aussi important comporte de multiples gageures. Les progrès techniques et les risques ont sans cesse évolué depuis l’élaboration de la première police en l’an 2000, les défis géologiques étaient immenses et leurs effets pas toujours prévisibles. Mais avant même qu’un contrat ne soit signé avec AlpTransit, le maître de l’ouvrage, la phase de l’offre a dû tenir compte des risques particuliers liés aux diverses étapes des travaux, afin de mettre sur pied une offre attractive pour l’assuré.

Les contrats d’assurance des nouvelles lignes ferroviaires alpines (NLFA) comprennent de multiples éléments. Assurances accidents, assurance RC pour dommages matériels, financiers et aux personnes. Il a également fallu une assurance pour le 1,1 million de visiteurs qui se sont trouvés un jour ou l’autre sur le chantier. Mais c’est la remise en ordre d’ouvrages endommagés qui a été au cœur de l’assurance. Si des sinistres surviennent pour des raisons géologiques imprévisibles, l’assurance de l’ouvrage prend en charge les dépenses visant à rétablir la situation. Exemple classique: un éboulement suite auquel des gravats s’abattent dans une partie déjà achevée du tunnel et l’endommagent. Le coût du sinistre issu de tels incidents peut varier de centaines de milliers de francs jusqu’à plusieurs millions.

Risques d’incendies

Les mineurs connaissent aussi – et redoutent – des incendies dans le tunnel, causés par des courts-circuits dans les machines utilisées ou par des carburants. Les travaux de soudage nécessités par la pose du matériel ferroviaire, avec des températures dépassant les 2000 degrés, constituent également un risque. Mais au Gothard, heureusement, il n’y a pas eu d’incendie important. Les surcroîts de dépenses issus de problèmes prévisibles ne sont pas couverts par l’assurance. Quand les risques sont connus, c’est au maître de l’ouvrage de veiller à ce que les mesures nécessaires soient prises.

Des événements dans le tunnel peuvent aussi entraîner des dommages en surface. Ils affectent en général des tiers. Il se peut, par exemple, que le sol au-dessus du tunnel s’affaisse et entraîne des dommages à des routes ou à un barrage. Dans le cas du Gothard, ce dernier risque était concret pour la retenue de Nalps, au sud de Sedrun. Mais là non plus, heureusement, il n’y a pas eu d’incident. Un autre risque qui s’est présenté au Monte Ceneri réside dans les répercussions de l’ébranlement d’immeubles par les dynamitages. Cette méthode d’excavation a été utilisée au Monte Ceneri quand bien même le tunnel passait sous une zone d’habitations avec, dans certains cas, une couche géologique bien mince.

Les travaux du tunnel de base du Gothard sont terminés. Pour Helvetia, l’assurance de l’ouvrage et du montage est arrivée à échéance le 30 juin 2016. L’assurance responsabilité civile et l’assurance visiteurs courent encore jusqu’à la fin de l’année, au cas où un dommage surviendrait lors de la phase d’exploitation test. Ensuite, les trains parcourront le tunnel selon l’horaire. Au Monte Ceneri, le mandat d’assurance court encore jusqu’en 2019. Pour les assureurs d’Helvetia, les tunnels de la NLFA sont un projet phare: la constance et la continuité dans la gestion du risque d’assurance durant presque deux décennies aura été un facteur de succès décisif.


Harald Scheer, Head Construction Engineering Large & Special Risks chez Helvetia à Saint-Gall

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