PRIMES DE RISQUE

Le goût du risque survit à la correction

La hausse des taux longs américains aurait servi de catalyseur.

La remontée des taux longs américains depuis cinq mois annonçait peut-être la douche écossaise qui s'est abattue sur les marchés émergents et les actions.

Les titres américains rapportent plus de 5% pour la première fois depuis 2002. «Ce n'est plus tellement la peine d'aller chercher du rendement sur des marchés exotiques», remarque Roland Duss, économiste chez Julius Bär à Zurich. Surtout qu'il y a encore dix jours l'obligataire brésilien rapportait autour de 6,7%.

Jamais l'écart entre le taux de référence américain et ceux des pays émergents n'avait été aussi réduit. Cette différence de rémunération est censée compenser le risque de défaut d'Etats tels que la Colombie ou la Russie. C'est la prime de risque. Elle a battu un record historique de faiblesse à 173 points de base le 1er mai. Les obligations émergentes ne rapportaient en moyenne que 1,73 point de pourcentage de plus que les américaines. Ce «spread» est désormais repassé au-dessus des 200 points de base. Mais il reste encore loin de sa moyenne de 400 points de base en 2005 et de 600 points l'année précédente. «Il y avait beaucoup de bénéfices à prendre», commente Xavier Cornaz de Bridport à Genève.

Un appétit au risque grandissant avait aussi soutenu les «obligations pourries», la dette émise par des entreprises aux finances fragiles. Aux Etats-Unis, leur «spread» avec les obligations sans risque était descendu de 380 points de base en janvier au niveau record de 300 points de base début mai. Il a maintenant rebondi à plus de 330 points. «Les obligations à haut rendement ont bien tenu comparé à la chute des actions», estime Christopher Garman, stratège de Merrill Lynch dans une note.

Il se réfère à la baisse de 9% en dix jours de l'indice Russell des petites capitalisations américaines. Signe supplémentaire d'un mouvement vers la qualité, les grandes capitalisations de l'indice S&P500, a priori plus solides, n'ont concédé que 5%. Mais, là encore, il n'y a pas eu de sauve-qui-peut. Les petites sociétés affichent toujours une progression de 8% depuis le début de l'année, alors que les poids lourds ne s'apprécient que de 2%.

Le retournement a été plus brutal sur les actions émergentes. Istanbul a chuté de 19%; New Delhi de 17%. Ces replis sont toutefois à la mesure des plus-values engrangées les mois écoulés. Les actions se traitent autour de 13 fois leurs profits dans les pays développés contre 11 fois dans les pays émergents. «Les pays émergents sont actuellement 18% meilleur marché contre 30% à 35% il y a trois ou quatre ans», observe Roland Duss. Les primes de risque restent relativement basses même après leur brusque remontée. La hausse des taux longs américains semble avoir entraîné un rééquilibrage plutôt qu'une remise en cause de l'ordre des choses.

Publicité