L’Allemagne, plongée dans une grave crise de l’énergie, va connaître une récession de 0,4% et une inflation de 7% en 2023, selon les prévisions du gouvernement dévoilées mercredi. «Nous vivons actuellement une crise énergétique difficile, qui se transforme de plus en plus en crise économique», a commenté le ministre allemand de l’Economie Robert Habeck, lors d’une conférence de presse.

Pour cette année, la croissance attendue a été revue à la baisse, à 1,4%, et l’inflation à la hausse, à 8,0%, contre respectivement 2,2% et 6,1% anticipés lors des dernières prévisions, en avril.

Concrètement, la première économie européenne, particulièrement vulnérable aux chocs sur le marché du gaz, va subir «une croissance négative au troisième et au quatrième trimestre de cette année, et au premier trimestre» de 2023, a détaillé Robert Habeck.

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Une reprise en 2024?

Berlin table ensuite sur «la reprise» avec, pour 2024, une croissance de 2,3% et une inflation de 2,4%.

Ces prévisions confirment les pronostics dévoilés mardi par le FMI qui voit aussi l’Allemagne basculer dans la récession en 2023, tout comme l’Italie, trois ans seulement après le choc économique du Covid-19. Les principaux instituts économiques allemands avaient dit s’attendre à une nouvelle poussée d’inflation de 8,8% pour 2023. «Sans l’effet du blocage des prix du gaz, l’inflation aurait été nettement plus élevée en 2023», a estimé le ministère allemand de l’Economie.

Le plan à 200 milliards d’euros

L’Allemagne a dévoilé fin septembre un plan à 200 milliards d’euros pour subventionner, jusqu’en 2024, les prix de l’énergie consommée par les ménages et entreprises, ce qui freinera l’inflation en 2023. «Nous ne pouvons pas permettre à [Vladimir] Poutine de mettre en péril la prospérité et l’économie par sa stratégie», a justifié Robert Habeck mercredi.

La baisse, puis l’arrêt début septembre, des livraisons de gaz russe à l’Allemagne, plombe la première économie de la zone euro. L’Allemagne, qui s’approvisionnait à 55% en Russie avant la guerre, doit se fournir ailleurs, à des prix beaucoup plus élevés.

Ces tensions ont fait exploser le prix du gaz et de l’électricité en Europe, faisant flamber l’inflation et les coûts de production de l’industrie, moteur de la croissance allemande.

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Une chute de la production industrielle

Résultat: la production industrielle faiblit. Elle a chuté de 0,8% en août, selon l’institut de statistique Destatis.

Sont frappées de plein fouet les industries à forte intensité énergétique, comme la chimie, la métallurgie, le papier et le verre. Ces secteurs ont vu leur production baisser de près de 9% depuis février.

Berlin se veut toutefois positif sur la question du remplacement des livraisons de Moscou: «nous sommes en très bonne voie pour résoudre la question des importations russes», a déclaré Robert Habeck. Ayant diversifié ses fournisseurs en se tournant vers la Norvège, les Pays-Bas ou les Etats-Unis, l’Allemagne remplit plus rapidement que prévu ses réserves de gaz, qui atteignent un niveau de 94,67%, proche de l’objectif de 95% fixé pour début novembre.