Le gouvernement d'entreprise est en crise comme le montrent les récentes affaires Parmalat et Adecco. Tel est du moins l'avis des syndicats internationaux réunis hier au World Economic Forum (WEF). «Nous venons pour lancer un vif appel au monde des affaires, affirme Philip Jennings, secrétaire général de Union Network International (UNI). La confiance que les travailleurs doivent avoir dans leur entreprise n'est toujours pas revenue.» Et de s'emporter contre Walmart, le géant américain de la distribution: «Le Financial Times l'a classé aujourd'hui (ndlr: mercredi) parmi les 50 sociétés les plus respectées par la communauté économique, alors qu'il bâtit sa croissance sur des conditions toujours plus difficiles pour ses employés. Son mode de fonctionnement, et donc son gouvernement d'entreprise, ne peut être pris en exemple.»

Nivellement par le bas

Les représentants des syndicats estiment par ailleurs que, malgré les affaires de l'après bulle-Internet, les patrons n'adoptent toujours pas de comportement responsable, en particulier en matière de délocalisation. «Les entreprises se lancent dans une course au nivellement par le bas des conditions de travail, déplore Guy Ryder, secrétaire général d'International Confederation of Free Trade Union (ICFTU). La recherche du salaire minimum et une absence de syndicalisation ne peuvent se faire durablement. Il ne s'agit pas que d'une question Nord-Sud.» «Nous allons vers une grave crise, car la classe moyenne des pays développés se trouve aujourd'hui touchée par ce phénomène, renchérit Philip Jennings. Par conséquent la refonte de la gouvernance d'entreprise doit en tenir compte.»

La question de l'éthique des affaires travaille aussi les décideurs économiques puisqu'elle faisait l'objet d'une conférence, à l'écart de laquelle, à l'instar de la plupart d'entre elles, la presse a néanmoins été tenue. Modérateur de cette séance, le CEO du cabinet d'audit et de conseil fiscal Deloitte, William Parrett a indiqué au Temps que les patrons ne peuvent ignorer les implications locales de leurs décisions, notamment en ce qui concerne le coût social des délocalisations. «Mais au bout du compte, les entreprises doivent être compétitives. Cependant, comme le président Clinton vient de l'affirmer, nous vivons dans un monde où tous les pays sont interdépendants, et nous devons apprendre à traiter les conséquences de nos actes, globalement.»

L'ICFTU appelle justement à une internationalisation des pratiques en termes de gouvernement d'entreprise. Un point de vue que partage William Parrett: «Nous pourrions imaginer une réglementation semblable aux accords de Bâle qui concernent les banques.» William Parrett estime cependant que la situation s'améliore: «Je constate que les administrateurs d'entreprises travaillent beaucoup plus qu'il y a cinq ans. En outre, les marchés de capitaux exigent aujourd'hui que les conseils d'administration assument davantage de responsabilités.»

De leur côté, les sociétés d'audit ont été récemment à nouveau montrées du doigt, dans l'affaire Parmalat par exemple. Auditeur du groupe agroalimentaire italien, le CEO de Deloitte s'est refusé à tout commentaire. Il assure par ailleurs que les conflits d'intérêt potentiels entre les activités d'audit comptable des sociétés et de conseil fiscal ne tiennent pas car «nous tirons une part trop faible de notre chiffre d'affaires du conseil par rapport à celle de l'audit».

Les syndicats peuvent-ils néanmoins améliorer le code de conduite des sociétés? «Nous sommes à Davos pour discuter et voir si des progrès sont faits», répond Guy Ryder. Philip Jennings compte aussi porter son action à l'OCDE au printemps, lorsque l'Organisation de coopération et de développement économiques discutera de nouvelles règles en la matière.» En parlant au nom de 150 pays, il espère nous peser de tout son poids pour qu'un cadre international s'applique aux sociétés.