Face aux impératifs du Protocole de Kyoto (qui va entrer en vigueur grâce au feu vert russe), et en pleine crise pétrolière (avec un baril proche des 50 dollars), Madrid prend le taureau par les cornes pour favoriser le développement des énergies renouvelables. A commencer par l'énergie solaire, secteur où l'Espagne accuse un net retard, malgré sa situation géographique et ses conditions climatiques très favorables. Le gouvernement socialiste de José Luis Zapatero vient en effet d'annoncer une mesure choc: à partir du début de l'année prochaine, toute nouvelle construction – ainsi que toute réhabilitation de logements anciens – devra être pourvue de panneaux photovoltaïques capables de fournir au moins la moitié des besoins en eau chaude. Le gouvernement compte injecter 38,5 millions d'euros, l'essentiel à fonds perdus, pour encourager cette pratique.

Etant donné le rythme rapide de la construction de logements en Espagne (500 000 par an), principal secteur qui tire l'économie vers le haut, les autorités socialistes visent haut. Il s'agit, d'ici à 2010, de faire passer la superficie de panneaux solaires installés de 581 000 m2 à 4,5 millions de m2, soit quasiment la décupler. D'après les calculs de Madrid, cela permettrait de rattraper le retard sur l'Allemagne, la référence dans l'UE avec 5,4 millions de m2 de panneaux. Et, par la même occasion, d'en finir avec le paradoxe espagnol, un pays du sud bénéficiant d'un fort ensoleillement mais qui n'en tire pas profit. Un pays, aussi, où la fabrication des panneaux photovoltaïques est l'une des plus en pointe d'Europe. La nouvelle norme ne devrait cependant pas faire plaisir aux constructeurs et aux agences immobilières, alors même que la hausse des prix annuelle des logements atteint déjà 18% dans les grandes villes comme Madrid ou Barcelone: l'installation de panneaux solaires suppose une facture supplémentaire oscillant entre 1100 et 1400 euros par logement neuf. Pour le consommateur, la rentabilité existe certes, mais à long terme: avec une espérance de vie estimée de 25 ans, un tel panneau permettrait à chaque foyer d'économiser chaque année 80 euros.

«Il fallait agir rapidement»

La décision des socialistes espagnols ne bénéficie donc pas d'un franc enthousiasme général. Toutefois, aux yeux du gouvernement, «il fallait agir rapidement, sauf à déchanter fortement dans quelques années». Selon l'Institut pour la diversification et l'économie d'énergie (IDAE), il aurait été possible d'économiser 245 millions d'euros en combustible si, au cours des cinq dernières années, les 3,5 millions de logements construits avaient été équipés de panneaux solaires. Autre estimation: la technologie photovoltaïque installée dans un édifice de vingt appartements éviterait de cracher dans l'atmosphère 9,2 millions de tonnes de CO2 chaque année.

De fait, plus encore que la cherté du baril de pétrole, ce sont les impératifs du Protocole de Kyoto qui poussent Madrid à prendre l'initiative pour réduire la contamination atmosphérique. En Espagne, un des pays à la traîne dans l'UE, l'objectif – d'ici à 2008/2012 – est de limiter les émissions de CO2 à 15% de plus que lors de l'année 1990, contre 40% aujourd'hui. Le gouvernement Zapatero a menacé les entreprises fautives de lourdes amendes à partir de l'an prochain: chaque tonne de gaz contaminant illégalement émise supposera une sanction de 40 à 100 euros. Parallèlement, ces dernières années, l'énergie éolienne a connu un essor rapide, l'Espagne étant aujourd'hui la troisième puissance mondiale dans ce domaine avec environ 10 000 moulins. La puissance éolienne assure d'ores et déjà 7% de la production d'électricité. Avec le pari sur les énergies d'origine mini-hydraulique et solaire, l'objectif est d'atteindre 12% en 2010.