Sous l'oeil attentif de Bruxelles, le gouvernement italien vient de décider d'accélérer la privatisation d'Alitalia. Alors que les autorités européennes ont récemment exprimé leurs doutes quant aux aides indirectes de l'Etat apportées à la compagnie dans le cadre de son plan de sauvetage, Rome s'emploie à éviter toute sanction de l'Union européenne (UE) qui coulerait définitivement la société en procédant à marche forcée vers la dénationalisation.

L'avionneur est en effet détenu encore à hauteur de 62,4% par l'Etat italien. Jeudi soir, le Conseil des ministres a approuvé un décret pour définir les critères et les modalités de cette privatisation. Dès la fin de l'année, Alitalia effectuera une augmentation de capital d'environ 1,2 milliard d'euros (1,8 milliard de francs) permettant à l'Etat de descendre au-dessous de 51%. Dans cette optique, le conseil d'administration de la compagnie a convoqué l'assemblée générale des actionnaires pour le 15 décembre prochain. La recapitalisation permettra au gouvernement italien de «respecter les engagements pris» auprès de la Commission européenne et de «procéder à la privatisation», a souligné le Ministère du trésor.

A terme, l'objectif serait de faire tomber la participation publique à environ 30% de la nouvelle société Alitalia Fly qui doit regrouper les pilotes, les assistants et toute la structure commerciale d'Alitalia, les autres activités au sol étant gérées par une autre société, Alitalia Service. Le ministre du Trésor, Domenico Siniscalco, a par ailleurs adressé en début de semaine une lettre aux responsables de l'UE indiquant que la privatisation «sera réalisée en ayant recours aux marchés financiers, aux investisseurs industriels ou aux deux options».

Jusqu'à présent, le gouvernement n'avait évoqué devant les partenaires sociaux que l'intervention d'investisseurs industriels.

Mais le temps presse pour Alitalia, dont les comptes sont toujours dans le rouge malgré quelques signes d'amélioration. Au cours du troisième trimestre, la compagnie a encore perdu 29 millions d'euros, contre 47 millions à la même période de l'année dernière. Sur l'ensemble des neuf premiers mois de l'année, les pertes s'élèvent déjà à 312 millions d'euros. Quant au chiffre d'affaires, il est en régression de 7% sur la même période par rapport à 2003.

Mais les responsables d'Alitalia se montrent confiants. Entre juillet et septembre, l'offre de vols a recommencé à croître. De même que le nombre de passagers transportés (plus 15% par rapport au troisième trimestre 2003). Suivant cette tendance, les effets du plan de sauvetage devraient, selon la direction, être enregistrés à partir de l'an prochain.

Quant aux syndicats, ils soutiennent pour l'heure la stratégie du groupe. Après avoir approuvé le plan de «la dernière chance» présenté par le président, Giancarlo Cimoli, ils ont soumis le texte à référendum auprès du personnel d'Alitalia. Il a été voté par près de 78% des employés de la compagnie. «Il appartient désormais au gouvernement, à l'entreprise et à Bruxelles de dissiper les nuages qui se sont accumulés au-dessus d'Alitalia», a insisté jeudi Guglielmo Epifani, secrétaire général de la CGIL, le principal syndicat italien.