La crise de la dette européenne contamine de nouveau les marchés financiers. Cette fois, l’alerte vient du Portugal, en pleine crise politique, après les démissions de deux ministres clés du gouvernement de centre droit, qui jouait sa survie mercredi soir. Première touchée, la bourse de Lisbonne, qui a chuté de 5% mercredi. Les actions des banques du pays se sont effondrées de plus de 10%.

Autre conséquence: l’envolée des conditions que les milieux financiers exigent de l’Etat portugais pour continuer de lui prêter les fonds nécessaires à son fonctionnement. Pour un emprunt à dix ans, Lisbonne devait accepter hier des taux d’intérêt de plus de 8%, contre 5% en mai dernier. La même tendance a été affrontée par la Grèce et dans une moindre mesure par l’Italie et l’Espagne.

Elections cruciales

Selon un expert de la Société Générale à Paris, «le véritable enjeu est de savoir si le gouvernement va poursuivre la politique budgétaire négociée avec la troïka» en échange du plan de secours monté en mai 2011 par la Commission et la Banque centrale européenne ainsi que le Fonds monétaire international. Une situation d’autant plus délicate que cette troïka doit recommencer le 15 juillet à évaluer les économies réalisées par le pays.

A cela s’ajoute la possibilité de voir des élections convoquées en urgence. Le «jeu politique» entamé par le premier ministre risque «inexorablement d’aboutir à une chute brutale de la coalition en place dans les deux jours», estimait hier Steen Jakobsen, directeur général de Saxo Bank. Or des élections «placées sous le signe de l’anti-austérité sont exactement ce dont redoute la chancelière Merkel, elle-même en campagne», poursuit le responsable de l’établissement danois. A l’issue du scrutin, «il paraît de moins en moins probable que les orientations budgétaires actuelles – négociées avec la troïka – restent en place», confirme le spécialiste des emprunts d’Etat à la Société Générale. Ce dernier estime l’investissement dans les «Bonos» portuguais «plus risqué». Surtout alors que le premier ministre Pedro Passos Coelho «fléchit» sur les coupes budgétaires et a appelé à l’aide la Banque centrale européenne – qui, depuis un an dispose du pouvoir de faire baisser les taux d’intérêt affrontés par les gouvernements.

Contagion en Europe

Les places boursières du reste du Vieux Continent ont terminé en baisse hier, Madrid perdant plus de 1,5% sur la journée tandis que Paris, Francfort et Londres cédaient plus de 1%. La place de Zurich avait, elle, achevé la journée sur une baisse limitée à 0,7%. Le secteur bancaire a été particu­lièrement touché à l’instar de Commerz­bank qui a vu ses actions dévisser de près de 7%. En cause, l’exposition de la banque aux emprunts de l’Etat portugais.