Politique monétaire

La gouverneur de la Fed Janet Yellen, future première victime de Donald Trump?

Le nouveau président américain n’a jamais nuancé ses critiques à l’égard de la banque centrale et de sa gouverneur. Certains s’inquiètent d’un changement à sa tête et d’une perte d’indépendance de l’institution

Elle devrait «avoir honte». En septembre dernier, c’est en ces termes que Donald Trump parle de Janet Yellen, l’actuelle gouverneure de la Réserve fédérale américaine sur CNBC. Pour celui qui est alors le candidat républicain à l’élection présidentielle, l’institution est tout sauf indépendante: si elle maintient les taux d’intérêt bas, c’est parce que Barack Obama le souhaite.

Or, pour le président désormais élu, ces taux bas ont créé «un faux marché des actions» et pénalisé les épargnants qui récoltent un faible rendement. Une hausse des taux aurait terni le bilan de Barack Obama mais bénéficié aux «épargnants souffrant de cette situation». Paradoxal, Trump affirmait en mai à la chaîne CNBC: «Je suis un adepte des taux d’intérêt bas. Si on les relève et si le dollar devient trop fort, nous allons nous retrouver face à de graves problèmes.» Quelques jours, plus tard, il a même qualifié un resserrement monétaire de «désastre» au Wall Street Journal. Il a aussi assuré «ne pas être une personne qui pense que Janet Yellen fait un mauvais travail».

Jusqu’en janvier 2018

Dans un premier temps, l’élection du milliardaire républicain devrait avoir pour conséquence de repousser la prochaine hausse de taux prévue en décembre, selon l’écrasante majorité des experts. Les incertitudes et les turbulences des marchés obligeraient la banque centrale à se montrer prudente. Mais, à plus long terme, c’est le rôle même de Janet Yellen et de la Fed qui pourraient être en jeu.

Avant même le résultat du vote, certains la voyaient déjà démissionner. Ce n’est pas l’avis de Stefan Gerlach, chef économiste de la banque BSI et ancien vice-gouverneur de la banque centrale irlandaise: «Janet Yellen va rester jusqu’à la fin de son mandat en janvier 2018. Elle ne va pas démissionner plus tôt car cela serait interprété comme si elle réagissait à une influence de la politique», estime le spécialiste. Pour lui, une telle décision serait dommageable pour les deux parties. Et pour cette même raison, «la nouvelle administration devrait se retenir de la pousser dehors. Il faut d’ailleurs souligner qu’elle ne dispose que d’une voix, même si c’est une voix particulièrement importante, lors des décisions du Comité de politique monétaire (FOMC)», a ajouté l’ancien banquier central.

John Taylor comme remplaçant?

Charles Wyplosz, professeur d’économie à HEID à Genève, rappelle que «Donald Trump a été très agressif à l’égard de Janet Yellen et de la Fed, comme une partie du camp républicain, qui se plaint du pouvoir excessif de ceux qu’ils considèrent comme des bureaucrates non élus». De là à faire trembler l’institution? «En principe, il n’est pas possible de mettre à la porte des membres de la Fed et l’institution a été pensée pour être protégée des velléités d’interventions du Congrès ou du gouvernement. Cela ne s’est d’ailleurs jamais vu et ce serait un nouveau tremblement de terre. Mais c’est le Congrès qui a voté le Federal Reserve Act qu’il a révisé dans les années 1930 pour lui donner plus d’indépendance, et, ce qu’il a fait, il peut le défaire», a prévenu l’expert.

Le dollar en garde-fou

La Fed est autofinancée, son budget ne dépend pas du Congrès et les membres effectuent des mandats de 14 ans pour éviter qu’un président soit tenté de tout changer. Sans la remplacer, le Congrès peut toutefois lui rendre la vie compliquée. Seul garde-fou, selon Charles Wyplosz: «Une tentative de mise sous tutelle ou de déstabilisation de la Fed provoquerait une débandade sur les marchés et le dollar chuterait. Cela pourrait freiner certaines idées», explique-t-il.

Donald Trump lui-même a déclaré à plusieurs reprises que Janet Yellen «n’est pas une républicaine. Lorsque le moment sera venu, je vais très probablement la remplacer car je pense que ce serait approprié.» Il n’a en revanche jamais fait mention d’un nom pour lui succéder. Pour Stefan Gerlach, John Taylor, professeur à Stanford et connu pour la «règle de Taylor» pour fixer les taux d’intérêt, serait une option, même à 70 ans.

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