«L'an passé, nous n'aurions même pas pu acheter une pompe à essence, plaisante Sergio Marchionne, CEO de la Société Générale de Surveillance (SGS). Aujourd'hui, nous avons une puissance de feu qui nous permet d'envisager l'avenir différemment.» Sans dire ni qui ni quand, la SGS est désormais en position de prédateur pour envisager de faire une ou plusieurs acquisitions. Sergio Marchionne n'est pas homme à reste les bras croisés. Il fomente sans doute une stratégie. C'est lui qui a mené Lonza sur le chemin de l'indépendance lorsque Algroup projetait, en 1999, de fusionner à trois avec le canadien Alcan et le français Pechiney. La fusion eut lieu, mais à deux (Alcan avec Algroup). A distance, Sergio Marchionne observe désormais d'un œil amusé la bataille que se livre actuellement Alcan qui veut s'emparer de Pechiney…

Par ailleurs, la société affiche des résultats insolents, avec, au premier semestre, un bénéfice net en augmentation de 51,1%. Il s'agit du quatrième trimestre de hausse consécutive, mais surtout elle ne cesse d'accumuler des liquidités nettes qui s'élèvent à 424 millions de francs contre 386 millions en juin 2002.

La bonne santé de la multinationale se confirme malgré un recul du chiffre d'affaires de 2,2% à 1,174 milliard et un contexte conjoncturel mondial difficile. Cette diminution s'explique par la force du franc, sinon la progression serait de 5,7% à taux de change constants. La société a, en outre, amélioré ses marges opérationnelles sur un an passant de 8,1% à 11,7%. C'est dire si la réorganisation de la SGS porte ses fruits. Sergio Marchionne a affirmé que toutes les unités de la SGS (Agricultural, Mineral, Oil, Gas & Chemicals, Life Sciences, Consumer Testing, Systems & Services Certification, Industrial, Environmental, Automotive) sont conservées, mais ont été réaménagées. «Nous avons terminé le réexamen de toute la gamme de services et nous avons conclu qu'aucun désinvestissement n'était nécessaire», a précisé le patron de la SGS. Le pôle «Environmental Services» est finalement resté dans le giron des activités stratégiques de la société.

Des millions à récupérer

Rappelons que le groupe avait l'an dernier réduit ses frais généraux et ses effectifs, fait quelques changements au sommet de l'entreprise. Désormais, la direction opérationnelle est complète avec l'annonce de toute une série de nominations à la tête des différentes unités de la société avec celle de Helge Bastian pour l'unité Life Sciences Services, Chris Kirk nommé pour le secteur Minerals, Friedrich Hecker pour celui de l'Industrial Services et Fred Herren pour le pôle Automotive.

En outre, la SGS cherche toujours à encaisser des centaines de millions de francs de créances liées à des contrats avec des gouvernements. Par exemple, les Philippines lui doivent toujours environ 200 millions de francs. «Il est difficile de prévoir à quel rythme nous pourrons récupérer ces montants», estime Sergio Marchionne, qui entend poursuivre par voie judiciaire. Au début du deuxième semestre, la société a récupéré près de 2 millions de francs.

La SGS a défini des objectifs ambitieux puisqu'elle entend réaliser un chiffre d'affaires de 3 milliards et des marges opérationnelles de 16% d'ici à 2005. «Ceci représente un taux de croissance annuel moyen de 10% par rapport au chiffre d'affaires 2001», souligne Sergio Marchionne. Le patron de la SGS, qui siège par ailleurs dans trois conseils d'administration (Lonza, Serono et Fiat) n'entend pas s'y éterniser, a-t-il souligné, pour tous ceux qui s'inquiètent de la multiplication de ses mandats hors de la SGS.