Reto Stöcklin peut se targuer de posséder la plus grande collection de venins du monde, avec 1200 échantillons au congélateur. Biochimiste de formation, il est aussi un «serial entrepreneur». Les cinq start-up et PME qu’il a créées sont toutes en lien avec sa fameuse bibliothèque d’échantillons prélevés sur des serpents, poissons, insectes ou coquillages venimeux.

Fondée en 1995, Atheris à Plan-les-Ouates (GE) en constitue la figure de proue. Elle recherche des nouveaux principes actifs qui peuvent avoir un intérêt thérapeutique. «Dans un venin, on trouve un cocktail de 200 à 1000 molécules. Chacune peut s’attaquer à un système biologique précis. Nous recherchons, isolons et identifions, grâce à des méthodes de chromatographie liquide et de spectrométrie de masse, des principes actifs originaux susceptibles d’intéresser des sociétés de biotechnologie. Celles-ci se chargeront d’effectuer les études cliniques nécessaires en vue d’une éventuelle commercialisation de la molécule, explique Reto Stöcklin, le directeur d’Atheris qui travaille avec plusieurs dizaines de sociétés pharmaceutiques et de biotechnologie. Généralement, ce sont nos clients qui nous demandent de trouver la petite molécule capable de s’attaquer à une maladie spécifique.»

Souvent en expédition à l’étranger, Reto Stöcklin parle sans détour de sa passion. Il existe déjà quelques médicaments à base de venin sur le marché. Trois anticoagulants, issus respectivement du venin d’un crotale, d’une vipère et d’une sangsue, utilisés pour prévenir les infarctus ou la formation de caillots. Un antidiabétique provenant d’un lézard, un médicament issu d’une vipère et traitant l’hypertension ainsi qu’un antidouleur venant d’un escargot venimeux. Pour sa part, Atheris n’est pas encore à l’origine de médicaments que l’on pourrait retrouver sur le marché. En revanche, plusieurs principes actifs de l’entreprise genevoise sont testés en phase clinique. La société a, par exemple, travaillé sur une molécule contenue dans un venin qui pourrait déboucher sur un traitement contre la sclérose en plaques. Celui-ci est actuellement testé auprès de patients en phase clinique I.

Pour générer du chiffre d’affaires dont le montant est tenu secret, Atheris et sa quinzaine de collaborateurs effectuent également des prestations de recherche sous mandat pour le compte de PME, laboratoires académiques et sociétés pharmaceutiques. Ses spectromètres de masse permettent d’analyser et d’étudier la structure des molécules. «Aujourd’hui, il y a un intérêt de plus en plus marqué pour les petites protéines, après l’âge d’or des anticorps monoclonaux qui ont succédé aux toutes petites molécules», précise Reto Stöcklin.

Parmi ses différents programmes de recherche, Atheris a coordonné un projet de 17 millions de francs afin de décoder un coquillage venimeux, le Conus consors. «Nous y avons découvert plusieurs molécules intéressantes et avons décidé de créer deux start-up pour les exploiter commercialement», explique Reto Stöcklin. L’une des deux est la société Activen à Lausanne. Cette jeune entreprise de six personnes concocte une crème antirides avec effet «botox». «Une molécule paralysante y a été intégrée. Nous vendons cette matière première à des sociétés cosmétiques qui lanceront durant le début de cette année les produits finis sur le marché, précise Reto Stöcklin. L’effet antirides est instantané et dure 24 heures.»

Une autre start-up, issue du Conus consors, exploite des peptides capables de traverser la membrane cellulaire et de pénétrer ainsi dans certaines cellules sans les endommager. «Notre but consiste à développer des agents chimiothérapeutiques qui ciblent spécifiquement les cellules cancéreuses afin d’augmenter l’efficacité et de réduire les effets secondaires du traitement», prévoit l’entrepreneur.

Quant à Funzyme, une autre start-up fondée par le biologiste et homme d’affaires Reto Stöcklin, elle poursuit son chemin et vise toujours la maladie cœliaque (intolérance au gluten), via des molécules découvertes dans les sécrétions de champignons pathogènes. En pleine levée de fonds, Funzyme espère proposer un traitement d’ici trois à cinq ans. Les enzymes de ces champignons pathogènes sont capables de dégrader le gluten en acides aminés.

Enfin, il faut encore mentionner la société genevoise HiQ­Screen, également cofondée par Reto Stöcklin, active dans le développement de robots et de services pour le criblage à haut débit d’activités biologiques pour la découverte et les études approfondies de nouveaux principes actifs.

«Dans un venin, on trouve 200 à 1000 molécules. Chacune peut s’attaquer à un système biologique»