ABB poursuit sa conquête de l'espace. Grâce au rachat de la société canadienne Bomem en 1999, le leader mondial de la production de transformateurs équipe des satellites de spectromètres à infrarouge. La technologie n'est pas en soi nouvelle, puisqu'elle date d'une cinquantaine d'années. Mais c'est la capacité de transfert technologique qui permet à cette unité d'affaires d'ABB basée à Québec de viser avec succès diverses industries.

L'innovation constitue le moteur de l'entreprise créée il y a trente-cinq ans. Sur 200 collaborateurs, 80 se consacrent exclusivement à la recherche et au développement de nouveaux produits. L'unité d'affaires réalise un chiffre d'affaires annuel de 45 millions de dollars canadiens (45 millions de francs) avec des produits haut de gamme capables de mesurer tout ce qui contient du carbone. Chacun d'entre eux coûte entre 10000 dollars et 40 millions de dollars canadiens. Moins de 500 produits sont fabriqués chaque année.

«Notre spectromètre à infrarouge équipe différents satellites. Lancé en 2003, l'un d'entre eux a par exemple mis en évidence la reconstruction de la couche d'ozone. Quant au satellite de NEC-Toshiba, le spectromètre que nous fournissons est destiné à mesurer les émissions de gaz à effet de serre. Il sera lancé au début de 2009», explique Jean-René Roy, patron de l'unité d'affaires d'ABB, lors d'un voyage de presse avec une quinzaine de journalistes. L'unité canadienne compte parmi ses clients la NASA, l'Agence spatiale canadienne, Boeing et DaimlerChrysler.

Des données sensibles

Grâce à sa technologie, des informations sensibles concernant les gaz à effet de serre émis par chaque pays pourront être collectées. «Les informations collectées ainsi seront disponibles sans frais pour tout pays intéressé. Cependant, il existe certaines restrictions concernant l'exportation de notre technologie», dit Henry Buijs, responsable technologique et cofondateur de l'entreprise rachetée par ABB.

L'avantage du spectromètre à infrarouge produit par l'unité d'affaires canadienne vient de son large spectre d'applications. Deux cent mille produits chimiques différents peuvent être analysés. A partir d'un même appareil, le logiciel auquel il est relié est développé en fonction des applications particulières de chaque industrie.

«Notre spectromètre mesure aussi la composition du pétrole et sa qualité. Avec un niveau d'octane optimisé, les raffineurs peuvent économiser sur une production quotidienne de 200000 barils 6,7 millions de dollars par an», se réjouit Jean-René Roy. Outre les raffineries, l'unité d'affaires basée à Québec compte parmi ses clients les industries métallurgique, alimentaire, chimique, des semi-conducteurs et pharmaceutique. «Notre produit permet de mesurer la composition des médicaments et leur constance durant le processus de fabrication. Cela permet d'assurer le contrôle de la qualité. Ainsi, le taux de rebuts diminue fortement. Les coûts de production peuvent être ainsi réduits de 30%», souligne Jean-René Roy.

Rentable depuis des décennies

Prochainement, l'unité d'affaires compte s'implanter en Suisse. Un bureau sera ouvert à Baden (AG). Il devrait employer une dizaine de collaborateurs d'ici à 2011. «Notre objectif est de cibler l'Agence spatiale européenne», affirme Jean-René Roy.

Les perspectives de croissance s'inscrivent dans les objectifs de la division «Processus d'automation» qui inclut l'unité d'affaires basée à Québec. Jusqu'en 2011, les ventes annuelles devraient progresser de 8%, la marge avant intérêts et impôts s'inscrit dans une fourchette allant de 9% à 14%. L'unité d'affaires canadienne ne devrait pas rencontrer de problèmes à atteindre ces objectifs. Créée en 1973, elle est rentable depuis plus de vingt ans.