L’assurance peut devenir cool. La start-up Trov assure uniquement les objets que vous aimez, une guitare ou un vélo électrique, et durant la période que vous aimeriez le protéger, à la seconde près. Lemonade, une autre start-up américaine promet d’assurer un client en 90 secondes et de payer les frais d’un sinistre en trois minutes. Ce sont deux des nouvelles stars d’une branche fintech en fort développement, l’insurtech.

Cette branche de la fintech associe l’assurance aux nouvelles technologies (Big Data, blockchain, intelligence artificielle). Elle promet la disruption d’un domaine d’activité poussiéreux, complexe, lent et cher.

280 créations d’entreprises


«L’assurance est l’un des domaines où la satisfaction du client est la plus basse», observe Glenn Oberholzer, associé de Stimmt, mardi dernier à Zurich à l’occasion du premier rendez-vous insuretech de Suisse. D’innombrables start-up tentent de combler ce déficit de confiance. Parfois le succès est considérable. Esurance a été vendu 1 milliard de dollars au groupe Allstate.

280 sociétés ont été fondées ces cinq dernières années dans l’insurtech, selon le groupe Tracxn. Le montant des financements est passé de 44 millions de dollars en 2010 à 2,8 milliards en 2015 et 1,1 milliard à fin juin 2016.

L’insurtech regroupe donc aussi bien des start-up que des groupes de la vieille économie. Mais «les vraies disruptions naissent toujours de l’extérieur des groupes bien établis», ajoute Carola Wahl, directrice de la transformation auprès d’Axa-Winterthur. Elle est fort bien placée pour en parler, puisqu’elle a participé à la numérisation de Bertelsmann et de Deutsche Telekom. A Zurich mardi, elle annonçait le lancement d’une application, «Axa sure», qui permet de savoir si mon objet préféré est assuré dans le cadre de mon contrat d’assurance ménage.

«L’idée m’est venue sous la douche», explique Lorenz Hänggi, responsable de l’innovation auprès d’Axa-Winterthur. Il suffit de télécharger les photos de ces objets et de vérifier ensuite si et dans quelle mesure ils sont couverts contre les sinistres. En cas de sous-assurance, des propositions de couverture complémentaire sont transmises aux clients, indique la société.

Besoin de partage

Dans l’insurtech, les grands groupes et les start-up partagent leur recherche d’une assurance simple, rapide et bon marché. «Le combat solitaire est risqué et très coûteux en capital», indique Eric Bojer, fondateur de la start-up zougoise Anivo. «Les réglementations sont en effet compliquées à maîtriser pour une jeune pousse. Le partenariat est nécessaire», confirme Carola Wahl. Pour cette dernière, deux grandes exceptions à la règle du partage sont à signaler: Go Insurance, une application pour l’assurance voyage par iPhone, et «Lemonade», dans l’assurance ménage, qui promet de contracter une assurance en 90 secondes et de payer les frais d’un sinistre en trois minutes.

La technologie du blockchain fait naître de grands espoirs dans l’administration des catastrophes, par exemple auprès de Swiss Re. Mais c’est avec Big Data que les promesses sont les plus concrètes. Par exemple dans les assurances maladie et vie avec les différents traqueurs d’activité tels que les Fitbits ou l’Apple Watch. Un assureur américain offre déjà des rabais aux porteurs d’objets connectés. Le débat risque de se prolonger sur le terrain éthique. Les limites de la sphère privée et du contrôle du comportement sont en effet repoussées avec ce procédé.

Utilisation aussi des gènes

L’utilisation des données dans la définition de la prime d’assurance ne se contentera pas d’être fonction du comportement. Elle sera fonction des gènes d’un individu et de sa probabilité de contracter différentes pathologies.

Les exemples les plus concrets concernent l’assurance auto. En vertu de la connexion GPS, la prime pourra être plus élevée si un conducteur emploie des routes connues pour être plus risquées. Dans la lutte contre la fraude, il sera possible d’examiner le réseau social des assurés, de signaler des complicités éventuelles avec des garages ou différents groupes, selon un dossier du magazine Forbes. C’est en matière de marketing que les espoirs sont les plus grands. Les données permettent d’anticiper les velléités de mettre fin à un contrat, par exemple si les appels à une centrale d’appel se multiplient. L’assurance peut alors réagir et offrir des primes plus basses ou un meilleur service.

Carola Wahl tire les principales leçons de ses expériences en Allemagne: «Nous sommes persuadés que seuls les paranos survivent, que nous devons être prêts à cannibaliser nos propres produits et à rapidement adopter les nouvelles technologies», lance Carola Wahl. Son objectif est clair: «Nous voulons être le groupe le plus innovant en Suisse», déclare-t-elle.


Des start-up suisses se spécialisent dans l’insurtech

Au nombre des start-up suisses les plus connues, nous comptons:

  • Knip, à Zurich, se présente comme la principale insurtech de la région germanophone. Il s’agit d’un courtier en ligne qui emploie une centaine de collaborateurs, présent à Zurich, Berlin et Belgrad. Cette société, à qui Johann Schneider-Ammann a récemment consacré une visite, est l’une des plus connues de la scène fintech suisse. Elle a été fondée par Dennis Just en 2013, avec Christina Kehl, aujourd’hui et depuis mai directrice de Swiss Finance Start-up.

    Son but est d’être un comparatif d’assurances à l’aide d’une application mobile. Il promet une gestion numérique des assurances, la recherche du meilleur produit au meilleur prix et un conseil indépendant. La presse alémanique s’est fait l’écho d’importants départs de cadres ainsi que de chiffres de téléchargements décevants. L’an dernier, elle a obtenu le plus grand financement fintech suisse, 15 millions de francs, avec Route 66 Ventures, Orange Growth Capital et Redalpine.
  • Anivo, créée à Zoug en 2015 par Eric Bojer, est un comparateur de primes en ligne et un conseiller. Il vient d’annoncer l’arrivée de deux nouveaux investisseurs. La start-up emploie une dizaine de collaborateurs. Elle déclare donner accès à 80% des prestataires du marché de l’assurance maladie. Les groupes connectés à Anivo sont Helsana, Sanitas, CSS, Bâloise, Atupri, Sanitas, Swica, Smile et Sanagate. La start-up a par ailleurs obtenu le droit de conseiller les 35 000 employés des CFF ainsi que ceux d’UPC (ex-UPC Cablecom).
  • Esurance est un courtier en ligne fondé en 2013 par le Grison Andri Mengiardi. Ce dernier se dit convaincu que le client désire être assisté dans ses choix et qu’il doit de toute manière s’assurer. La solution doit combiner la qualité de l’expérience du client et une technologie qui apporte transparence et simplicité. L’entreprise va maintenant partir à la quête de capital-risqueurs.

A lire aussi: