Entreprise

Le grand bluff de la soi-disant responsabilité sociale

Nombre d'entreprises mettent en avant leurs bonnes actions autour des questions climatiques ou sociales. Mais il s'agit souvent d'une stratégie de communication plutôt que d'une bienveillance sincère, estime notre chroniqueur, qui prône plus de cohérence

Il est devenu de bon ton de se gargariser de ses actions visant à lutter contre le dérèglement climatique ou à faire preuve de responsabilité sociale. La bienveillance dont témoignent ces actions serait hautement louable si elle était sincère et actée de manière cohérente. Dans l’immense majorité des cas, elle ne correspond malheureusement qu’à ce que les anglophones appellent le «greenwashing»: on se donne bonne conscience par des déclarations valorisant quelques actions ponctuelles mais qui ne témoignent pas d’une bienveillance authentique et incarnée.

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En effet, cette bienveillance tournée vers l’extérieur occulte trop souvent un manque de bienveillance envers les collaborateurs, qui se manifeste par des licenciements sans ménagement, un manque de loyauté envers les employés, des abus de pouvoir, des promesses non tenues, etc. Il y a suffisamment d’études qui mettent en évidence le stress et/ou la maltraitance infligés à un trop grand nombre de collaborateurs pour que le doute n’existe plus. Sachant qu’environ la moitié des collaborateurs aspire à changer d’employeur, les cadres qui croient que ces histoires d’horreur n’existent que dans les autres organisations et pas dans la leur sont généralement victimes de déni de réalité.

Quel peut être le niveau de crédibilité des organisations qui affichent une bienveillance focalisée sur le climat, l’ESG (environnemental, social et gouvernance), les conditions de travail de leurs fournisseurs – la partie visible de l’iceberg – alors que le traitement des collaborateurs – la partie immergée de l’iceberg – est bien moins glorieux? Etre bienveillant à l’externe sans l’être à l’interne témoigne d’un manque de cohérence qui décrédibilise.

Soit on est bienveillant, soit on ne l’est pas

Petit rappel: comme une femme ne peut pas être partiellement enceinte, on ne peut pas être partiellement ou sélectivement bienveillant. Soit on est bienveillant, soit on ne l’est pas. Lorsque la bienveillance n’est dirigée que vers l’extérieur, elle ne vise qu’à se donner bonne conscience. Dans ce cas, les actions ponctuelles affichées ne correspondent qu’à un exercice de bluff que l’expression «greenwashing» exprime d’ailleurs très bien.

Il existe heureusement des entreprises qui agissent de manière bienveillante tant envers l’extérieur qu’envers l’intérieur. C’est par exemple le cas des organisations certifiées B Corp. En effet, cette certification exige dans une certaine mesure des modalités de gouvernance et de leadership plus respectueuses. Il n’est toutefois pas nécessaire de se faire certifier B Corp pour être bienveillant à l’interne.

Pour y parvenir, il est par exemple aussi possible de mesurer à quel point les collaborateurs pensent que leurs supérieurs sont bienveillants et à quel point ils leur font confiance. Les outils existent et ils ont le mérite de rendre les choses visibles, ce qui permet d’agir pour améliorer les choses.

Pour montrer que l’exercice est pertinent, le niveau de confiance des collaborateurs envers leur hiérarchie a été récemment mesuré dans des banques genevoises par mes étudiants. Le résultat a été malheureusement accablant, ce qui est quand même gênant pour des institutions dont le cœur de métier est de vendre de… la confiance. Sachant par ailleurs que de nombreuses banques annoncent des grandes ambitions en matière de responsabilité sociale en proposant notamment des placements ESG, l’incohérence pose problème.

Le vieux dicton «charité bien ordonnée commence par soi-même» n’a jamais été autant d’actualité… Pour être convaincante et ne plus être qu’un bluff, la responsabilité sociale doit donc impérativement s’appuyer sur une bienveillance authentique vécue à l’interne. Pour s’assurer qu’elle est vécue, il faut commencer par la mesurer.

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