La scène se déroule dans de plus en plus de restaurants suisses. Habituellement, les deux membres du couple, arrivés dangereusement à court de sujets de conversation entre le plat principal et le dessert, commencent alors à saisir leur téléphone. Mais depuis peu, c’est à peine installés à table qu’ils contemplent l’écran de leur smartphone. Et là, l’usure du couple n’y est pour rien. Virus oblige, il n’y a pas de carte imprimée des mets. Le menu n’est accessible qu’en ligne, après avoir scanné un petit code QR affiché sur la table.

Et pourtant, cette minuscule mosaïque de carrés noir et blanc avait quasiment disparu de la circulation. Inventé en 1994 par un ingénieur japonais, Masahiro Hara, le code QR (pour «quick response») est devenu une norme six ans plus tard. Il allait conquérir le monde, pensaient de nombreux analystes. Car ce pictogramme est l’interface parfaite entre le monde réel et le monde virtuel: il suffit de le scanner pour accéder à un site web, une vidéo ou une application, envoyer un SMS, ajouter un contact ou encore se connecter à un réseau wi-fi: toutes les informations sont contenues dans ces carrés noir et blanc.

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Mieux que les stylos

S’il a percé en Asie, et notamment en Chine, le code QR n’a jamais décollé en Suisse. Mais la pandémie lui donne une nouvelle vie, notamment dans les lieux très fréquentés. Plus besoin de se passer un menu dans les hôtels ou restaurants, plus besoin non plus de se passer un stylo à l’entrée d’un bar ou d’un club pour y inscrire à la main ses coordonnées. La semaine passée, la société genevoise Infomaniak lançait ainsi l’application SafeTracing. «A la différence des autres apps privées de traçage, qui imposent au personnel de scanner le téléphone des hôtes, notre solution est beaucoup plus simple: le client n’a qu’à scanner le code QR à l’entrée, il enregistre ses coordonnées et n’a qu’à montrer au serveur qu’il a bien reçu un SMS de confirmation», décrit le porte-parole d’Infomaniak.

Le virus booste les codes QR. Mais il y a une autre explication. «Alors qu’il fallait précédemment installer une application tierce, les iPhone et de nombreux téléphones Android sont désormais à même de lire les codes QR directement depuis l’appareil photo. De plus, auparavant, de nombreux sites internet étaient peu lisibles sur un mobile, ce qui a beaucoup changé avec l’arrivée de sites qui s’adaptent à chaque écran», analyse Laurent Tonnelier, responsable de l’entreprise française Mobilead et spécialiste de l’acquisition automatique de données.

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Payer en scannant un code

De futile – scanner un code sur une publicité imprimée pour accéder directement au site d’une marque –, le code QR devient aussi très utile. Le service suisse de paiement sur smartphone Twint propose à des commerçants d’imprimer eux-mêmes ces pictogrammes, pour des prix fixes ou variables: le client n’a qu’à ouvrir l’app dédiée pour régler d’un clic son achat en scannant le code. Et depuis le 30 juin, les premiers bulletins de versement avec codes QR sont apparus en Suisse – avec le but, à terme, d’unifier ces bulletins, au nombre actuel de… sept.

Le code QR augmente aussi la sécurité. Depuis août, la ville de Lausanne imprime ces mosaïques sur les déclarations de résidence délivrées par le Contrôle des habitants. Scanner ces codes renvoie vers le fichier PDF du document original, hébergé sur les serveurs de la ville. Ainsi, les entités réclamant ces déclarations, comme les banques, pourront en vérifier instantanément l’authenticité.

WhatsApp s’y met

Ces pictogrammes intéressent de près les entreprises. Ainsi, WhatsApp permet depuis juillet à ses clients professionnels d’en générer, afin de faciliter les échanges en ligne avec leurs clients. «Et dans le domaine de l’emballage, le code QR est un formidable complément à l’information imprimée mis à disposition des marques au service des consommateurs. C’est pour nombre de marques l’opportunité, depuis chaque produit, de récréer le lien perdu avec leurs clients», poursuit Laurent Tonnelier.

Le spécialiste donne un autre exemple: le rappel, par des fabricants, de produits mis sur le marché et considérés ensuite comme dangereux. «Prenez l’exemple du lait infantile: en cas d’alerte sanitaire, le consommateur doit d’abord rechercher sur l’emballage l’identifiant produit, composé de chiffres, aux côtés du code-barres. Il doit ensuite vérifier le numéro de lot, souvent peu lisible. Puis se connecter sur le site internet de la marque, saisir le code du produit et le numéro de lot, le tout sans aucune faute de frappe.» Avec un code QR, l’opération se fait d’un clic, via l’appareil photo de son smartphone.

Au cimetière

Selon Laurent Tonnelier, ces pictogrammes ne comportent pas de souci de sécurité: «Il n’y a pas plus de souci qu’avec une adresse internet. Le développement exponentiel du code QR comme moyen de paiement en Chine est la preuve de sa fiabilité.»

Un code QR, cela sert donc aujourd’hui à tout, ou presque. Fin 2019, le Conseil fédéral avait fait imprimer, sur sa carte de vœux annuelle, un pictogramme donnant accès à une playlist musicale. Et un code QR figure aussi sur certaines tombes récentes: c’est un moyen pour donner beaucoup d’informations, en ligne, sur le défunt. Des informations que l’on peut compléter au fil du temps et agrémenter de photos ou de vidéos.

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