Transport

Pas de grand retour à la Steve Jobs pour le directeur d'Uber

Travis Kalanick rêvait d'un retour à la tête d'Uber, comme avait fait Steve Jobs à Apple en 1997. Ce ne sera pas le cas: un investisseur a déposé plainte contre l'ex-directeur de la société, accusé d'avoir soudoyé le comité de direction. Son successeur ne sera sans doute pas une femme

Le rêve de Travis Kalanick se brise. Et les déboires d’Uber n’en finissent plus. La multinationale californienne – valorisée à 69 milliards de dollars et comptant 12 000 employés – a vécu, dans la nuit de jeudi à vendredi, un nouvel épisode dans la guerre interne qui la mine. Benchmark Capital, l’un des plus grands actionnaires de la société de mise en relation entre chauffeurs et passagers, a déposé plainte contre Travis Kalanick, accusé d’avoir soudoyé la direction. Malgré ses ambitions, le cofondateur et ex-directeur d’Uber ne récupérera pas son poste. Et son successeur ne sera certainement pas une femme.

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Benchmark Capital fait figure de poids lourd parmi les actionnaires de la société basée à San Francisco et non cotée en bourse. Le fonds d’investissement est entré dans le capital d’Uber en février 2011, alors que la société était valorisée moins d’un milliard, et possède actuellement 13% de ses actions et environ 20% des droits de vote. Dans sa plainte, déposée auprès d’un tribunal du Delaware, Benchmark Capital évoque une fraude, une violation de devoir fiduciaire et d’obligations contractuelles en lien avec des actions visant à «se maintenir au conseil d’administration d’Uber et d’accroître son pouvoir sur la société pour ses seuls intérêts égoïstes».

En juin 2016, Travis Kalanick était parvenu à faire passer de 8 à 11 le nombre d’administrateurs. Il s’était arrogé le droit de choisir le nom des trois nouveaux membres – il s’était ensuite réservé pour lui un siège. L’homme aurait en plus passé sous silence la mauvaise gestion d’opérations, dont l’acquisition d’Otto, start-up américaine active dans les logiciels pour véhicules autonomes. Un porte-parole de Travis Kalanick a réfuté toutes ces accusations. Et un professeur de droit, cité par Wired, affirmait vendredi que Benchmark Capital aurait dû être plus prudent avant de céder autant de pouvoir au cofondateur d’Uber.

Si Benchmark Capital agit ainsi, de l’avis d’observateurs aux Etats-Unis, c’est pour s’assurer que Travis Kalanick ne retrouvera pas son poste. L’investisseur avait déjà obtenu, via un appel lancé avec quatre autres actionnaires détenant environ 40% des droits de vote, son départ en juin – ces derniers étaient excédés par la multiplication des scandales d’espionnage, de harcèlement et de misogynie. Mais ces derniers jours, le spectre d’un retour était apparu. En juillet, il aurait dit à des amis qu’il se préparait à imiter Steve Jobs – le cofondateur d’Apple, débarqué en 1985, était revenu à la tête de la société en 1997. Fin juin, le site spécialisé Axios publiait une lettre, signée par 1100 employés d’Uber, demandant au conseil d’administration un retour de Travis Kalanick, car «il peut devenir le leader dont nous avons besoin. Il est capital pour notre succès futur».

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Travis Kalanick ne redeviendra sans doute pas directeur, mais il demeure membre du conseil d’administration. Cette semaine, le site Quartz affirmait que des directeurs d’Uber, harcelés par le cofondateur, demandaient à d’autres membres du conseil de l’aide pour réfréner ses ardeurs. Le cofondateur d’Uber possède environ 10% du capital de la société et 16% des droits de vote.

Depuis bientôt deux mois, le poste de directeur général demeure vacant. Et les chances qu’une femme occupe cette fonction semblent désormais quasi nulles. Vendredi dernier, le Washington Post affirmait que trois personnes étaient encore en lice: trois hommes. Le quotidien ne citait qu’un seul nom, celui de Jeff Immelt, qui a quitté le 1er août son poste de directeur de General Electric. Une décision doit être annoncée avant le jour férié du 4 septembre (Labor Day), selon le quotidien de la capitale.

Plusieurs femmes étaient auparavant pressenties. Sheryl Sandberg, directrice opérationnelle de Facebook, n’était finalement pas intéressée, tout comme Susan Wojcicki (directrice de YouTube), Mary Barra (directrice de General Motors) et Carolyn McCall (directrice d’Easyjet). Face à la persistance des rumeurs, la directrice de Hewlett Packard Enterprise, Meg Whitman, dont le nom était souvent cité, a même publié un démenti sur Twitter. Quant à Arianna Huffington, administratrice d’Uber, elle n’a pas manifesté son intérêt pour le poste.

Le feuilleton Uber n’est donc pas terminé. En attendant, Benchmark Capital veut croire que son investissement paiera. Le 7 août, la société écrivait sur Twitter qu’elle était certaine qu’Uber vaudrait 100 milliards de dollars d’ici à deux ans.

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