Le grand vide dans les supermarchés genevois le samedi

Franc fort Les enseignes connaissent une baisse de fréquentation. En France voisine, les parkings sont complets

Les samedis matin au magasin Migros de Plan-les-Ouates ne sont plus ce qu’ils étaient. Parfois seules trois caisses sont ouvertes sur les huit que compte le supermarché. «C’est comme ça depuis le début de l’année. Il y a encore des gens l’après-midi vers 16 heures, quand ils voient qu’ils ont oublié de faire un achat, mais avant midi c’est calme», explique une vendeuse. Le kiosquier à côté fait le même constat: «Maintenant ils achètent les cigarettes et les magazines en France.»

Le week-end après le 15 janvier, date de l’abolition par la BNS du cours plancher de 1,20 franc pour 1 euro, beaucoup de Suisses étaient allés faire leurs courses de l’autre côté de la frontière. Ce comportement semble s’être généralisé. Isabelle Vidon, responsable des relations publiques de Migros Genève, détaille: «Nous ne parlons pas de clientèle qui déserte ce jour-là nos rayons mais de baisse de fréquentation concernant les magasins situés en périphérie, proches de la frontière. Le phénomène de tourisme d’achat est encore accentué par les différences d’horaires d’ouverture des magasins, ceux-ci étant nettement plus favorables au consommateur de l’autre côté de la frontière.»

Illustration à l’Intermarché de Saint-Genis-Pouilly, dans le Pays de Gex. Il ferme le samedi à 19h15 et est ouvert le dimanche jusqu’à midi. «Nous recevons plus de monde depuis le 15 janvier, mais nous ne sommes pas passés de nos 2800 clients le samedi à, par exemple, 3500. La hausse est moins sensible. Par contre, le caddie est plus rempli; les consommateurs, dont beaucoup de frontaliers français dont le pouvoir d’achat a grimpé le 15 janvier, vont dépenser 60 euros au lieu de 50», commente Jean-Michel Balaguer, le directeur de l’enseigne.

A l’hypermarché Leclerc de Ferney-Voltaire, plus proche de la frontière, le parking est plein le samedi dès 10 heures et la queue de véhicules s’étire jusqu’à Meyrin. «La clientèle est plus populaire, des gens de Meyrin d’origine portugaise ou espagnole qui ont moins la fibre patriotique suisse», observe un responsable de rayon.

A Saint-Julien-en-Genevois, le supermarché BioFrais constate une hausse de la clientèle de 5 à 10% depuis la mi-janvier. «Le bio est très cher en Suisse, les écarts sont colossaux avec nos prix, la nouvelle donne monétaire a incité des Suisses à franchir la frontière, eux qui jusque-là s’y refusaient», indique Philippe Grandchamp, le responsable de la boutique.

Le tourisme d’achat va augmenter cette année

Le tourisme d’achat – près de 13 milliards de francs pour la Suisse en 2014 – devrait encore augmenter en 2015. Chez Coop, on admet qu’il sera difficile d’accroître les ventes même si des mesures ont été prises pour faire baisser les prix de 2300 articles en l’espace de trois semaines.

Denner, qui ne fournit pas d’indication sur ses chiffres de vente, dit ressentir l’influence du franc fort sur la fréquentation. Thomas Kaderli, un porte-parole, précise: «En qualité de discounter nous sommes moins touchés que les grandes surfaces. Le thème des baisses et des actions est chez nous récurrent, nous minimisons ainsi la différence avec les pays voisins.»

Manor a lui indiqué le 4 mars qu’il allait supprimer 150 emplois à son siège de Bâle, en invoquant une hausse du tourisme d’achat.