Certains l’appellent déjà l'«effet Hottinger». Quelques jours après l’annonce lundi dernier de l’ouverture par la Finma d’une procédure de faillite à l’encontre de la Banque Hottinger & Cie SA, des médias alémaniques utilisaient déjà le nom de l’établissement basé à Zurich pour décrire le pire scénario qui menace certaines petites banques. Absence de repreneur, difficultés à s’adapter aux changements structurels qui affectent la branche, litiges fiscaux ou, plus simplement, une taille critique insuffisante sont quelques-uns des éléments qui ont conduit à la déroute de la banque dont les origines remontent à la fin du XVIIIe siècle.

L’annonce a choqué la branche. Présent à Genève mercredi dernier pour présenter les résultats trimestriels de sa banque, Zeno Staub n’a pas caché que la faillite d’Hottinger & Cie avait surpris toute la place financière suisse. «Espérons que cela restera un événement isolé», a déclaré le directeur général de Vontobel.

Un «cas spécial»

Christian Hintermann, expert en services financiers chez KPMG à Zurich, compte parmi ceux qui ont régulièrement mis en garde depuis trois ans à propos des risques qui pèsent sur les petits instituts. Il «n’exclut pas la répétition d’un tel scénario», même s’il considère aussi que la Banque Hottinger & Cie est un «cas spécial». L’expert distingue en effet entre, d’un côté, les banques qui ont un problème de type opérationnel et, de l’autre, celles qui manquent de capitaux: «Beaucoup de banques privées en Suisse ont une rentabilité insuffisante. Toutefois, la plupart d’entre elles disposent encore d’importantes réserves de capitaux. Elles sont davantage capables d’absorber des pertes». Il est l’auteur d’un rapport qui a fait grand bruit en août dernier en prévoyant la disparition d’environ 30% des banques privées suisses dans un délai de trois ans, à la suite de reprises ou de liquidations. De 130 actuellement, leur nombre devrait diminuer à moins de 100.

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En 2014, 28,6% des établissements analysés par KPMG affichaient des pertes à l’opérationnel, dont environ 20% étaient des petites banques privées (moins de 10 milliards de francs d’actifs gérés). Au final, 34% des banques privées suisses sont décrites comme étant en «déclin continuel» par le cabinet de conseil.

«Plus le temps passe, plus les acquéreurs sont réticents»

Quelles solutions envisager pour celles-ci? KPMG évoque trois scénarios: un rachat, une liquidation ordonnée ou, dans le pire des cas, une liquidation pure et simple. La première solution est idéale mais loin d’être assurée: «Les acquéreurs sont toujours plus exigeants. Beaucoup de banques bien positionnées ne sont pas prêtes à racheter des épiceries qui ont un peu de tout. Ces instituts préfèrent rester concentrés sur quelques marchés ou être actifs dans des segments d’activités précis plutôt que de prendre des risques. Plus le temps passe et plus les acquéreurs sont réticents à racheter des banques peu spécialisées», observe Christian Hintermann.

En octobre, Tidjane Thiam, le directeur de Credit Suisse, affirmait lors de la journée des investisseurs sa volonté de participer à la consolidation du secteur bancaire helvétique de la gestion de fortune. Les grands acteurs de la branche vont-ils déclencher une vague de consolidation? L’expert de KPMG reste sceptique à ce sujet: «Une banque qui a déjà une centaine de milliards d’actifs sous gestion ne va pas prendre la peine de racheter une banque privée avec 2 ou 3 milliards de fonds gérés, avec, en plus, le risque de n’en récupérer que la moitié au final.»

En marge d’une présentation à Zurich la semaine dernière, le gérant d’une banque privée jugeait aussi plus probable d’assister à des rapprochements entre acteurs dotés de profils similaires. Typiquement, une banque ayant 5 et 10 milliards d’actifs gérés pourrait reprendre une autre gérant quelques milliards. La reprise de Valartis par la Banque Cramer & Cie en 2014 correspond à ce type de transactions.

Peu de transactions en 2015

Tandis que beaucoup prédisaient une vague de rachats après la résolution du dossier fiscal avec les Etats-Unis, force est de constater que peu de transactions ont eu lieu cette année. Alors que 11 rachats avaient été dénombrés en 2014, seules quatre, en incluant le récent rachat de Finter Bank par Vontobel, ont été répertoriées en 2015. Face à des coûts réglementaires en hausse, certains établissements préfèrent abandonner leur licence bancaire. C’est le cas de la banque Gutenberg à Zurich. L’institut, auparavant appelé Cat Brokerage, avait obtenu une licence bancaire en 2010, avant de faire machine arrière en 2013 et devenir un gérant de fortune.

Y aura-t-il alors un tiers de banques en moins dans trois ans en Suisse? Chez KPMG, Christian Hintermann juge aujourd’hui cette estimation «plus réaliste que jamais, la pression sur le secteur ayant encore augmenté cette année, notamment raison de la force du franc, de l’introduction des taux négatifs ou de l’arrivée prochaine de l’échange automatique d’informations».

Interrogé à propos de la baisse de 30% du nombre de banques évoquée par KPMG, Ernst & Young se montrait plus nuancé sur ce point: le cabinet de conseil s’attend à une réduction «dans cet ordre de grandeur, mais répartie sur une durée beaucoup plus longue». Selon l’un des experts financiers de Ernst & Young cité en septembre par Le Temps, une réduction de 30% en trois ans du nombre de banques actives dans la gestion de fortune correspondrait en effet à une diminution d’environ 17 instituts par an en Suisse, comparé à 7 à 10 transactions annuelles observées récemment.