Les beaux raisonnements économiques ne leur suffisent pas. Nombreux sont les fanatiques de l’or à se demander comment le cours du métal jaune a pu pâlir aussi rapidement. Comment, le 12 avril au matin – seuls les marchés asiatiques étant ouverts –, les cours ont soudain dévissé du niveau de 1550-1600 dollars auquel ils étaient accrochés depuis des semaines pour plonger de 5%.

Poser la question c’est déjà instiller les doutes de la conspiration. Par la Réserve fédérale, bien sûr, celle-ci redoutant une envolée des taux d’intérêt. Cette théorie d’un «assaut» sur l’or vient de Craig Roberts, un ancien du Trésor durant l’ère Reagan. Problème, ce dernier est aussi connu pour ses théories sur les attentats du 11 septembre…

Attaque de «robots traders»

Les hurluberlus recouvrant de leurs conclusions des dizaines de sites web dédiés à l’or – les «gold bugs» – achèvent de décrédibiliser tout questionnement des secousses du prix de l’or. Les conclusions tirées semblent fantasques. Pourtant, le 12 avril au petit matin, un ordre de vente de 124,4 tonnes d’or a bien été passé sur le Comex. Le marché new-yorkais ne permettant pas de traiter plus de 3000 contrats à la fois, il aurait fallu pour ce faire que quatorze traders se décident à vendre. Exactement au même moment. Deux heures plus tard, une quantité de 311 tonnes fut écoulée. Soit, sur la matinée, l’équivalent de tous les fonds aurifères de la Banque cantonale de Zurich. Personne ne connaît les auteurs de ces ordres massifs.

Un autre événement a eu lieu dans la nuit du dimanche au lundi 14 avril. Les contrats traités sur le Comex se sont comptés en centaines, puis en milliers; contre quelques dizaines à une heure pareille, leur multiplication sur des périodes de cinq minutes reflétant une passation d’ordre automatisée décidée par des algorithmes.

Changement d’échelle

Des faisceaux d’indices qui prouvent tous les complots. Ou simplement le changement d’échelle connu par l’investissement sur l’or. En l’espace de dix ans, les traditionnels achats et ventes de lingots ont été marginalisés par la multiplication de produits financiers – «ETF» en tête – permettant de spéculer indirectement.

«Le mouvement de prix est uniquement dû à ces cessions des fonds ETF», détaille Stephan Müller, spécialiste des fonds aurifères officiant pour Swiss & Global A.M. Selon lui, les quantités cédées – de l’ordre de 500 tonnes depuis le début de l’année – ne sont «pas énormes» mais «suffisantes pour influencer le marché dit synthétique, celui constitué des options et des contrats à terme». Un marché qui dirige les cours mondiaux.