Transparency International (TI) ne mâche pas ses mots. La célèbre ONG spécialisée dans la lutte anti-corruption a dévoilé hier son dernier rapport annuel sur la corruption dans le monde. Avec des résultats consternants.

La Grande-Bretagne, par exemple, devrait davantage s'attaquer au problème de la corruption à l'étranger, expose TI. Forte des critiques faites par l'OCDE au printemps dernier, l'ONG rappelle que la mise en œuvre de la Convention de l'OCDE contre la corruption d'agents publics étrangers reste insatisfaisante au Royaume-Uni.

Près d'un an plus tard et malgré les recommandations du groupe de travail de l'organisation internationale, aucun projet de loi viable n'a encore été soumis au Parlement. Le nouveau processus de consultation initié par le Ministère de l'intérieur suite à une tentative de loi qui a échoué en 2003 clôturera début mars.

Mais le temps presse. Car le Royaume-Uni ne brille guère dans les classements.

Les multinationales suisses se comportent en effet mieux que leurs homologues britanniques en matière de versements de pots de vin à des fonctionnaires de gouvernements étrangers, d'après l'indice de corruption des pays exportateurs (ICPE) publié par Transparency International en 2002 (voir tableau ci-dessus).

Les fiduciaires concernées

Et elles se comportent mieux également en matière de perception du niveau de corruption dans le pays (indice IPC). La Suisse se situait en 7e position l'année dernière avec une note IPC de 9,1, comparé à une Grande-Bretagne reléguée en onzième place (note IPC de 8,6).

Le fait qu'aucune compagnie ou personne n'ait été inculpée pour avoir corrompu un agent public étranger depuis la ratification par le Royaume-Uni de la Convention de l'OCDE il y a six ans - et ceci malgré l'implication de plusieurs sociétés britanniques - est symptomatique du manque d'engagement et de ressources alloués à ce combat.

L'ONG critique tout particulièrement la fragmentation excessive des organes d'investigation qui, d'après elle, nuit à l'expertise, la transparence et la cohérence requises pour une lutte efficace contre la corruption.

Pire encore: le fait que la Convention de l'OCDE reste relativement méconnue des agences du maintien de l'ordre et des autorités judiciaires montre bien à quel point les priorités sont ailleurs.

Certains efforts ont été consentis. Notamment grâce à la mise en œuvre de la troisième directive anti-blanchiment de l'Union européenne, ainsi qu'à l'introduction depuis l'an 2000 de règles anti-blanchiment par la FSA, l'organe de surveillance des marchés financiers britanniques. Mais le problème reste colossal: l'argent sale en Grande-Bretagne ne représentait pas moins de 18milliards de livres en 2003, soit 2% du produit intérieur brut.

S'il existe un domaine dans lequel le Royaume-Uni pourrait prendre le flambeau, c'est bien dans la lutte contre le blanchiment d'argent au travers des sociétés fiduciaires, insiste encore Transparency International. Mais même si la Grande-Bretagne a fait de ce genre de sociétés l'un de ses pôles d'expertise incontestés, encore lui faut-il la volonté de mieux les faire surveiller.